4 décembre 2025

Les enfants vont bien


Suzanne (Juliette Armanet) débarque à l'improviste chez sa sœur Jeanne (Camille Cottin), accompagnée de ses deux enfants. Le lendemain, elle lui laisse une lettre d'adieu dans laquelle elle lui confie ses enfants, ce qui va  chambouler la vie très cadrée de Jeanne...

Camille Cottin prouve une nouvelle fois qu'elle est à l'aise dans tous les registres : de la comédie (Dix pour cent, Le mystère Henri Pick) à la comédie dramatique (Trois amies), voire dans le drame (Ni chaines ni maîtres). Elle incarne ici une experte en assurances qui vit seule.

Monia Chokri campe une artiste peintre, en relation libre avec Jeanne. L'actrice québécoise, aussi réalisatrice - Simple comme Sylvain est toujours dispo sur Arte - est solaire et attachante.
  
Juliette Armanet est méconnaissable dans le rôle de Suzanne. Après Partir un jour, elle poursuit une jolie carrière au cinéma.

Guillaume Gouix, toujours impeccable, joue un flic qui décide de braver les interdits pour aider Camille Cottin.

Féodor Atkine campe le père de Camille Cottin tandis que Frankie Wallach incarne une assistante sociale de l'ASE (Aide sociale à l'enfance) qui tente de l'aider au sein des méandres de l'administration.

Les deux enfants sont formidables : 
Gaspard & Margaux (Manoâ Varvat & Nina Birman), respectivement âgés de 9 et 6 ans, sont très justes, comme l'ensemble du casting.

C'est le 4e film du metteur en scène Nathan Ambrosioni (également scénariste du film), seulement âgé de 26 ans, un vrai surdoué selon Camille Cottin qu'il avait déjà dirigé en 2023 dans le très joli film Toni en famille que j'avais découvert sur France TV. Il a commencé sa carrière en réalisant un film d'horreur !

C'est un film simple et essentiel qui part d'un sujet spécifique (la disparition volontaire de personne) pour toucher l'universel : comment (re)faire famille aujourd'hui, à travers celle du sang et celle qu'on se choisit. Il parvient à toucher en plein cœur, à la manière de L'attachement de Carine Tardieu sorti en février dernier, qui m'avait beaucoup touchée.

2 décembre 2025

Springsteen: Deliver me from nowhere

Springsteen: deliver me from nowhere est un biopic de Scott Cooper, avec Jeremy Allen White et Jeremy Strong.

Le film est centré sur la création de l'album Nebraska de Bruce Springsteen (Jeremy Allen White) et sa relation avec son manager et producteur Jon Landau (Jeremy Strong).

Jeremy Allen White incarne The Boss : il est extrêmement sexy et magnétique. L'acteur a été révélé par la série The Bear dans laquelle il incarne depuis 2022 Carmy, le chef torturé du restaurant familial à Chicago. Il a appris à chanter et à jouer de la guitare pour ce rôle, s'engageant sur plusieurs mois.

Jeremy Strong est encore une fois impeccable. Je l'ai adoré en fils aîné vénal de la richissime famille Roy dans la série Succession diffusée dès 2018. Il joue ici un manager de label musical empathique et fidèle.

L'actrice australienne Odessa Young campe la petite amie de Jeremy Allen White, avec des airs de Brigitte Bardot. C'est un personnage fictif. 

Le film est adapté du livre Deliver me from nowhere de Warren Zanes, publié en 2023.

C'est un drame puissant, un film musical captivant, dont la bande originale est forcément incontournable. Jeremy Allen White y crève l'écran, dans un rôle à Oscar.

30 novembre 2025

La petite dernière


La petite dernière est une comédie dramatique de Hafsia Herzi, avec Nadia Melliti, d'après le roman éponyme de Fatima Daas.

Fatima (Nadia Melliti), lycéenne en banlieue, va passer le baccalauréat. Elle est attirée par les femmes et s'interroge sur comment concilier ses envies personnelles avec la religion musulmane qu'elle pratique...

Casquette noire vissée sur la tête, piercings aux oreilles, Nadia Melliti incarne Fatima avec beaucoup de naturel. Elle joue au foot seule sur le terrain de la cité. Elle explore ses envies et sa sexualité. Le film a été lauréat de la Queer palm au Festival de Cannes tandis qu'elle a remporté le prix de la meilleure actrice au dernier Festival de Cannes. 

Ji-Min Park campe la petite amie de l'héroïne. Elle sera à l'affiche du très joli film Love me tender de Anna Cazenave Cambet le 10 décembre, aux côtés de Vicky Krieps, que j'ai eu la chance de voir en avant-première.

Hafsia Herzi réalise ici son quatrième film, après Tu mérites un amour, La cour et Bonne mère. Je l'apprécie comme actrice, notamment dans son dernier rôle de gardienne de prison en Corse dans Borgo qui lui a valu le César de la meilleure actrice
J'ai apprécié les scènes de fête qui m'ont fait penser au cinéma d'Abdellatif Kechiche avec qui Hafsia Herzi a débuté sa carrière d'actrice, ainsi que les scènes en cuisine qui dévoilent la relation mère-fille et entre sœurs, tout comme la scène à la Grande Mosquée de Paris.

C'est un très joli film, contemporain et vivant, réalisé avec beaucoup d'énergie, qui révèle une jeune actrice talentueuse.

27 novembre 2025

T'as pas changé

T'as pas changé est une comédie de Jérôme Commandeur avec Laurent Lafitte, François DamiensVanessa Paradis et dans laquelle il joue.

Reims, juillet 1993. Des amis du lycée Clémenceau de Reims se retrouvent 30 ans après leur année de terminale à l'occasion d'un évènement tragique. L'occasion pour Hervé (Laurent Lafitte), Jordy (Jérôme Commandeur), Maxime (François Damiens) et Anne (Vanessa Paradis) de se retrouver mais vieillir, c'était pas prévu..

Laurent Lafitte incarne un chanteur qui participe à la tournée Étoile des années 90.

Vanessa Paradis est lumineuse et très drôle. C'est le rôle le plus abouti des 4 principaux : elle fait preuve d'autodérision quand elle chante faux sur Il me dit que je suis belle de Patricia Kaas

Jérôme Commandeur est le plus gentil de la bande qui se fait souvent marcher sur les pieds.

François Damiens joue un avocat insatisfait et peu proche de son fils, marié à Zineb Triki (Nadia El Mansour dans l'excellente série primée Le Bureau des Légendes), elle aussi avocate.

Des flashbacks réjouissants prétexte des retrouvailles du lycée Clémenceau de Reims 30 ans après 

C'est le troisième film de Jérôme Commandeur après Ma famille t'adore déjà ! en 2016 et le très réussi Irréductible sorti en 2022.

Le scénario est signé du réalisateur et de Kevin Knepper. C'est l'adaptation du film Estonien Klassikokkutulek sorti en 2016 (Class reunion en anglais).

Un film agréable, drôle voire très drôle parfois : cf. la scène de la chatière avec Vanessa Paradis ou les chansons interprétées par Laurent Lafitte ou encore des caméos de chanteurs des années 90' ! J'ai passé un bon moment, mais pas impérissable. J'ai préféré voir Irréductible du même réalisateur dans un autre registre.

19 novembre 2025

L'inconnu de la Grande Arche


L'inconnu de la Grande Arche est une comédie dramatique de Stéphane Demoustier avec Claes Bang, Swann Arlaud, Sidse Babeth Knudsen et Xavier Dolan. Il s'inspire du livre de Laurence Cossé La Grande Arche et se fonde sur des faits réels.

En 1983, l'architecte danois Otto Von Szpreckelsen (Claes Bang) a été choisi comme architecte du "Cube", le projet de Grande Arche de la Défense. Il n'avait jusque là construit que sa maison et quatre églises. Haut de 111 mètres comme la Pyramide de Gizeh, la construction du Cube va être jalonnée d'aléas...

Claes Bang que j'ai découvert en mari exécrable dans la série drôlissime Bad sisters sur Canal+, incarne un architecte jusqu'au-boutiste, dont les valeurs personnelles priment sur la carrière. Il est droit dans ses bottes - ou pour être exacte dans ses éternelles spartiates chaussettes !

Swann Arlaud, actuellement à l'affiche de L'étranger de François Ozon, joue l'architecte de l'aéroport de Roissy qui va devenir maître d'œuvre du projet du Cube. Il va avoir du mal à collaborer avec l'architecte et répondre à ses attentes.

Sidse Babeth Knudsen, vue notamment dans La fille de Brest d'Emmanuelle Bercot sur le scandale du Médiator, incarne la femme de l'architecte.

Xavier Dolan, réalisateur notamment de Les amours imaginaires et Mommy - un film coup de poing - , joue ici un conseiller ministériel qui manie le langage politique avec habileté. 

Michel Fau incarne le Président de la République et fait preuve de beaucoup d'éloquence. 

Stéphane Demoustier surprend une nouvelle fois avec un sujet original, après notamment Borgo avec Hafsia Herzi, La fille au bracelet et la réalisation de certains épisodes de la série L'Opéra (diffusée sur Canal+). Ce film met en lumière les enjeux politiques et les affres de la création, ici architecturale. Le film a été tourné à Paris, au Danemark et en Italie

Une très belle découverte, souvent drôle (qui cependant ne me réconciliera pas avec le quartier de la Défense que j'ai toujours détesté pour son aspect ultra bétonné et anxiogène).

15 novembre 2025

L'étranger


L'étranger est un film de François Ozon avec Benjamin Voisin, d'après le roman éponyme d'Albert Camus.

Alger, 1938. Meursault (Benjamin Voisin) reçoit un télégramme lui annonçant la mort de sa mère placée en asile. Il se rend à l'enterrement mais ne verse pas une larme pour sa mère défunte. Le lendemain, il retrouve Marie (Rebecca Marder) aux bains d'Alger. Ils se rendent ensuite au cinéma voir le film Le Schpountz avec Fernandel. Son voisin et ami Raymond (Pierre Lottin) lui propose ensuite de passer la journée à la plage. C'est là que Meursault tue un arabe de cinq balles de pistolet tirées à bout portant. C'est alors que tout vacille...

Benjamin Voisin retrouve la caméra de François Ozon après Été 85 que j'avais adoré - c'est mon film préféré de ce réalisateur dont j'ai vu toute la filmographie. C'est un acteur dont j'admire le jeu et les choix de film.
A seulement 28 ans, il a déjà une filmographie impressionnante et un César pour son rôle d'arriviste dans Illusions perdues de Xavier Giannoli. Il a incarné un chef cuisinier flamboyant dans la série Carême (disponible sur Canal+), un escroc attachant dans En roue libre avec Marina Foïs (l'un de mes films préférés), un jeune violent dans Jouer avec le feu avec Vincent Lindon et Stefan Crepon.
Son charisme est indéniable, sa beauté est sublimée par le noir et blanc très esthétique - comme dans Frantz avec Pierre Niney. Il m'a fait penser à Alain Delon dans Plein soleil de René Clément avec Romy Schneider
Il répond fréquemment "Je ne sais pas" aux questions qu'on lui pose. Il est taciturne, peu disert, très posé. Un rôle complexe pour lequel il s'est isolé dans la préparation et durant le tournage.

Rebecca Marder retrouve le metteur en scène après la comédie des années trente Mon crime sortie en 2023 (actuellement en replay sur France TV). J'aime beaucoup cette actrice délicate. Elle avait un second rôle dans Deux moi de Cédric Klapisch, incarnait Simone Veil dans Simone, le voyage du siècle biopic d'Olivier Dahan. Elle a également joué dans Les goûts et les couleurs de Michel Leclerc avec Félix Moati, De grandes espérances avec Benjamin Lavernhe. 
Elle campe ici une dactylo élégante, optimiste et amoureuse de Meursault.

Pierre Lottin avait déjà tourné avec le metteur en scène dans Quand vient l'automne en 2024. Prêt à tout dans La bataille du rail, musicien amateur dans En fanfare avec Benjamin Lavernhe, il incarne ici un manutentionnaire haut en couleur, voisin de Meursault.

Swann Arlaud avait joué la victime d'un prêtre dans Grâce à Dieu d'Ozon (film très émouvant), brillé dans le drame social Petit paysan et a été césarisé pour son rôle d'avocat dans le film Anatomie d'une chute.
Il incarne dans L'étranger un aumônier très compatissant.

Denis Lavant joue un autre voisin de Meursault qui maltraite son chien, Jean-Charles Clichet un avocat et Nicolas Vaude le procureur.

La photographie est signée par Manu Decosse, un collaborateur habituel du réalisateur. L'image est sublime. On ressent la chaleur et la moiteur ambiantes. Le noir et blanc réussit à être très lumineux.

La bande originale est signée de Fatima Al Qadiri.

Cela m'a donné envie de relire le livre de Camus que j'avais lu au lycée. L'incipit de L'étranger est considéré comme l'un des plus célèbres passages de la littérature française : "Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile : “Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.” François Ozon fait lui le choix de débuter son film par la phrase "J'ai tué un Arabe."

C'est un film exigeant, un vrai pari de cinéma, au travers d'une adaptation complexe qui peut diviser. Personnellement, j'ai été conquise grâce à son casting cinq étoiles, une réalisation maitrisée et un vrai univers cinématographique, comme toujours avec François Ozon, l'un de mes réalisateurs préférés qui me séduit par ses choix originaux.

11 novembre 2025

La femme la plus riche du monde


La femme la plus riche du monde est une comédie de Thierry Klifa avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte et Marina Foïs. 

Marianne Farrère (Isabelle Huppert) est une héritière fortunée qui s'ennuie au quotidien. Elle fait la rencontre du photographe Pierre-Alain Fantin (Laurent Lafitte) qui va rentrer dans sa vie et lui apporter un peu de joie de vivre et de folie. Elle va lui faire des donations conséquentes, ce qui va provoquer la colère de sa fille Frédérique Spielman (Marina Foïs) et déclencher une guerre au sein de le famille... 

Basée sur l'histoire de la famille Bétancourt, les dialogues sont ciselés, fusent et font mouchent avec beaucoup d'acidité. C'est jubilatoire ! 

Isabelle Huppert n'a plus à prouver ses talents d'actrice. Elle est formidable dans ce rôle, tout à la fois acerbe et touchante. Ses tenues et bijoux sont sublimes. 

Laurent Lafitte est exubérant à souhait. Il déborde d'énergie et de vie. 

Marina Foïs campe avec justesse une femme en guerre avec sa mère discrète mais qui ne se laisse pas faire. 

Raphaël Personnaz incarne le majordome de la famille qui est lassé des frasques de Pierre-Alain Fantin. 

André Marcon joue le mari dépassé d'Isabelle Huppert et Mathieu Demy celui de Marina Foïs. 

C'est une comédie réjouissante basée sur une histoire vraie avec une brochette d'acteurs qui semblent prendre beaucoup de plaisir à jouer dans ce film. 

10 novembre 2025

Chien 51


Chien 51 est un film de Cédric Jimenez, avec Gilles Lellouche et Adèle Exarchopoulos, d'après le roman éponyme de Laurent Gaudé.

Dans un Paris futuriste, la ville est divisée en trois zones : la zone 1 réservée à l'élite, la zone 2 pour la classe moyenne et la zone 3 dans laquelle vit les plus misérables. L'intelligence artificielle ALMA régule les déplacements des habitants. Zem (Gilles Lellouche) et Salia (Adèle Exarchopoulos) vont devoir faire équipe pour enquêter sur une affaire qui implique l'intervention d'un hacker nommé John Mafram (Louis Garrel) et des ramifications complexes...

Après
Bac nord et Novembre qui m'avaient époustouflée au cinéma, Cédric Jimenez revient avec un polar de science-fiction hyper rythmé qui réussit la prouesse d'embarquer le spectateur dans un univers futuriste original en seulement 1h46 de film. Il comporte des scènes d'action spectaculaires - notamment des combats avec des drones - souvent filmées de nuit et de magnifiques décors de Paris.

Gilles Lellouche est un metteur en scène que j'apprécie beaucoup. J'ai aimé ses trois films : Narco, Le grand bainL'amour ouf. Mais c'est aussi un acteur talentueux, notamment dans Ma part du gâteau de Cédric Klapisch, Kompromat de Jérôme Salle, en DJ ringard mais touchant dans Le sens de la fête de Nakache & Toledano, en flic dans Bac nord et en père de famille dans Leurs enfants après eux des frères Boukherma. Il joue dans ce film un flic fatigué, bourru et au grand cœur.

Adèle Exarchopoulos est l'une de mes actrices françaises préférées pour son naturel et ses choix de film. Révélée par La vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche avec Léa Seydoux palme d'or à Cannes en 2013, je l'ai appréciée en hôtesse de l'air désabusée dans Rien à foutre, j'ai été émue par son rôle dans Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry sur la justice restaurative qui lui valut le César de la Meilleure actrice dans un second rôle en 2023. Elle sait faire preuve d'autodérision, comme dans Mandibules de Quentin Dupieux. Elle campe ici une flic de la zone 2 casse-cou, prête à contourner la loi pour découvrir la vérité lors de son enquête.

J'ai apprécié leur complicité réelle qui se dégage à l'image, notamment lors de la scène du karaoké. 

Sont également présents au casting :
  • Louis Garrel en hacker mystérieux et insaisissable ;
  • Romain Duris en ministre de l'intérieur ;
  • Valeria Bruni Tedeschi en médecin humanitaire ;
  • Artus dans un rôle de flic de la zone 2 ;
  • Daphne Patakia, vue dans le film Benedetta avec Virginie Efira et la série OVNI sur Canal + ;
  • Thomas Bangalter... méconnaissable sans son casque des Daft Punk !😉

Le film est produit par Hugo Sélignac.

C'est un film tendu, spectaculaire, mais peu violent, que j'ai beaucoup aimé pour l'ensemble de son casting, la mise en scène rythmée et l'univers futuriste dans lequel il nous plonge.

8 novembre 2025

Mon jour de chance


Mon jour de chance est une pièce de théâtre de Patrick Haudecœur et Gérald Sibleyras avec Guillaume de Tonquédec. Après la pièce drôlissime Berlin Berlin, cette nouvelle création pièce a été nommée deux fois aux Molière 2025 comme meilleure comédie et meilleur comédie. C'est sa deuxième saison sur scène.

Sébastien (Guillaume de Tonquédec) passe un weekend avec des amis d'enfance. Ils se souviennent qu'à l'époque ils laissaient le sort décider pour eux et prenaient toutes leurs décisions en jouant au dé. Sébastien se rappelle précisément d'un soir où il a fait un deux. Si seulement il avait fait un six, sa vie aurait été bien plus belle. Il en est convaincu. Et si le destin lui donnait l'occasion de rejouer ? Que feriez-vous si vous pouviez revenir en arrière et modifier le cours de votre vie ? On ne peut pas revenir en arrière mais on peut repartir à zéro... 

Les cinq comédiens sont formidables : au côté de Guillaume de Tonquédec jouent Lysiane Meis, Loïc Legendre, Caroline Maillard et Jean Franco. On rit toutes les minutes, les scènes s'enchaînent dans l'allégresse de la salle. Guillaume de Tonquédec est dans l'exagération à la manière d'un Louis de Funès, c'est jubilatoire !

Cela m'a fait penser au film Un jour sans fin d'Harold Ramis avec Bill Murray (Groundhog day en version originale) pour les scènes qui se répètent avec d'infinies variantes et à la pièce Ramsès II de 2018 avec François Berléand et Eric Elmosnino pour l'absurdité des scènes.

A voir au théâtre Fontaine et, à partir du 2 janvier 2026, avec une nouvelle distribution.

5 novembre 2025

Les rêveurs


Les rêveurs est le premier film autobiographique d'Isabelle Carré, d'après son roman éponyme.

Elisabeth, adolescente qui grandit dans une famille excentrique, ne se sent pas bien à l'école ni dans sa famille. Suite à un chagrin d'amour, elle vide l'armoire à pharmacie. Elle est internée à l'hôpital Necker à Paris, qui est spécialisé dans le soin des enfants. Devenue adulte, elle est devenue comédienne. En parallèle, elle anime des ateliers d'écriture au sein du même hôpital auprès d'adolescents, ce qui va lui raviver ses souvenirs d'enfance...

Tout le casting est formidable et très juste :
  • Tessa Dumond Janot en tête qui incarne Isabelle Carré jeune. Elle est intense et sa ressemblance avec Isabelle Carré est frappante. Quand elle chante Laissez-moi danser de Dalida sur la scène du théâtre de l'Atelier, c'est très émouvant. Tous les adolescents hospitalisés à ses côtés sont très bien castés ;
  • Bernard Campan incarne un professeur de médecine au sein de l'hôpital ; 
  • Judith Chemla campe la mère d'Isabelle Carré avec beaucoup de délicatesse ;
  • Pablo Pauly, joue le père d'Isabelle Carré, styliste pour Pierre Cardin ;
  • Alex Lutz joue le frère d'Isabelle Carré ;
  • Nicole Garcia joue la professeur de théâtre d'Isabelle Carré adolescente ;
  • Vincent Dedienne apparaît en tant que médecin lors d'une unique scène.
La musique est composée par Benoît Carré, le frère de la réalisatrice. Elle est très réussie, alternant des morceaux connus des années 80 et apporte beaucoup à l'histoire. Elle sert de moyen de reconstruction pour les enfants malades, tout comme la danse et la cuisine, en tant qu'art thérapie.

C'est un film très poétique et lumineux sur la résilience, qui traite de l'importance du temps et des liens amicaux et familiaux pour se reconstruire. C'est un sujet très actuel, face au manque de moyens accru pour soigner et accompagner les jeunes. A voir en salle dès le 12 novembre 2025.

4 novembre 2025

Deux pianos


Deux pianos est une comédie dramatique d'Arnaud Desplechin, avec François Civil et Nadia Tereszkiewicz.

Mathias Vogler (François Civil), pianiste talentueux mais torturé revient à Lyon pour des concerts, après avoir vécu au Japon. Il recroise par hasard Claude (Nadia Tereszkiewicz), un amour de jeunesse, des retrouvailles ce qui vont le bouleverser... 

François Civil trouve ici l'un de ses meilleurs rôles, tout en sensibilité. Après le succès de L'amour ouf de Gilles Lellouche, il campe un pianiste un peu paumé, dont la relation avec sa mère est très touchante. Il a joué certaines scènes de piano lui-même. C'est un acteur dont j'apprécie énormément la filmographie, de Ce qui nous lie, En corps et Deux moi de Cédric Klapisch à Mon inconnue d'Hugo Gélin.

Césarisée pour son rôle dans Les amandiers de Valeria Bruni Tedeschi, irrésistible dans Mon Crime de François Ozon, Nadia Tereszkiewicz joue une femme bourgeoise qui dirige une galerie d'art, avec beaucoup d'élégance - c'est une ancienne danseuse classique, elle a énormément de grâce - qui m'a interpellée par ses contradictions et ses choix personnels.

Charlotte Rampling incarne Elena, une pianiste renommée et assez antipathique, mentor du personnage de François Civil, qui doit se retirer à contrecœur. Hippolyte Girardot, acteur régulier d'Arnaud Desplechin, joue le rôle de Max l'agent artistique de François Civil, qui compose avec les frasques de son protégé. Alba Gaia Bellugi joue avec beaucoup de fraicheur Judith une amie de Claude et Jérémy Lewin son mari.

Le scénario est signé du réalisateur, avec l'aide de la romancière Anne Berest.

Un film sensible, touchant, qui prend son temps, que j'ai bien aimé pour ses acteurs et la simplicité de l'histoire, aux accents rhomériens.

3 juin 2025

L'Appelé


L'Appelé de Guillaume Viry est un roman en vers libre, publié aux Éditions du Canoë. 
C'est le dernier lauréat du Prix des lectrices et des lecteurs des bibliothèques de la Ville de Paris qui récompense un premier roman.

La guerre d'Algérie sert de prétexte à une enquête familiale et à l'évocation de souvenirs enfouis.

C'est un livre court (123 pages en petit format), intense, dense, avec des formules chocs (par exemple, "Quel est le secret de l'homme qui meurt à 30 ans ?" page 38).

    

Cela m'a fait penser au livre À la ligne de Joseph Ponthus pour la forme sans ponctuation (qui ne perturbe pas du tout la bonne compréhension des propos), la vivacité et l'intensité de la narration.

13 mai 2025

Partir un jour


Partir un jour est un film d'Amélie Bonnin, avec Juliette Armanet et Bastien Bouillon. Il a été présenté hier en ouverture du Festival de Cannes 2025 - ce qui est rare pour un premier film - et hors compétition.

Cécile Béguin (Juliette Armanet) est chef : elle a remporté l'émission culinaire Top chef. Elle doit ouvrir son restaurant gastronomique dans 15 jours. Alors qu'elle découvre qu'elle est enceinte, elle apprend que son père, qui tient un restaurant routier dans l'Est de la France, a fait un nouvel infarctus. Sur les conseils de son compagnon, elle retourne dans son quartier d'enfance. L'occasion de retrouver ses parents et Raphaël (Bastien Bouillon), "son vieux pote de collège", ce qui va raviver des souvenirs adolescents... 

Juliette Armanet en impose du haut de son 1m58 ! Omniprésente à l'image, elle est naturelle et dégage une vraie présence. Elle est juste, convaincante, autant crédible en chef qu'en patineuse, elle a décidément tous les talents. Pour son premier rôle principal, c'est une réussite. Elle capte la lumière de la caméra, avec une liberté saisissante. Elle incarne une femme contemporaine, quarantenaire et sans enfant, qui s'est donnée les moyens pour réussir à avoir aujourd'hui son propre restaurant : elle est partie de chez elle jeune avec cette ambition qui a certainement nécessité des sacrifices.

Raphaël est incarné par Bastien Bouillon. J'ai été conquise par le personnage dès sa première apparition dans le film en "mannequin égérie chasse et pêche magazine" quand il aborde Cécile en sortant de l'eau ! Son sourire et ses éclats de rire m'embarquent à chaque fois. J'ai adoré quand il chante Ces soirées-là de Yannick en discothèque, avec beaucoup d'autodérision et de second degré. Cheveux blonds mi-longs, il tient le rôle d'un garagiste qui n'a jamais quitté la ville de son enfance. Cet acteur est capable de tout jouer avec la même crédibilité. J'apprécie son travail et je le suis avec attention depuis Seules les bêtes puis La nuit du 12 de Dominik Moll, je l'ai retrouvé avec plaisir dans Le Comte de Monte-Cristo de Matthieu Delaporte & Alexandre de La Patellière et il sera en septembre dans Connemara d'Alex Lutz, adapté du roman de Nicolas Mathieu : j'ai tellement d'attentes sur ce film après Leurs enfants après eux des frères Boukherma cet hiver.

François Rollin joue le rôle du père bougon et têtu, qui brandit son carnet de citations de l'émission Top chef pour faire des reproches à sa fille. Quand il fredonne la chanson Cécile de Claude Nougaro, c'est très émouvant.
C'est Dominique Blanc qui campe la mère de Cécile, la femme d'un restaurateur qui rêve de voyage et d'évasion.

Sofiane, l'associé et compagnon de Cécile, est incarné par Tewfik Jallab. C'est une belle découverte à titre personnel. 
 
Les personnages secondaires ont de la profondeur : on croit aux deux amis de Raphaël, à la bande de potes qui se retrouvent pour jouer à Time's Up et miment des personnages tout en buvant des verres. On a envie de partager leurs fous rires, c'est communicatif.

Amélie Bonnin avait déjà réalisé un court métrage éponyme en 2021, avec les mêmes acteurs principaux, d'une durée de 25 minutes. Il avait obtenu le César 2023 du meilleur court métrage. J'avais beaucoup aimé le découvrir sur Arte et il est toujours disponible en replay. Quand j'avais entendu parler du projet de long métrage, j'avais eu peur que ce soit une redite, mais ce n'est pas le cas : le long format utilise le même procédé (les chansons interprétées par les personnages ponctuent le film) et la même base d'histoire (le retour dans sa région d'enfance d'un des personnages) mais c'est une autre histoire. La réalisatrice a co-signé le scénario avec Dimitri Lucas pour aboutir à un vrai film original d'une durée d'1h38 durant lequel on ne s'ennuie pas une minute.

Les chansons populaires présentes dans le film sont revisitées : cela commence par Alors on danse de Stromae, interprétée par les personnages de Cécile et de Sofiane. La musique est composée notamment par Kerenn Ann et Chilly Gonzales, et supervisée par Matthieu Sibony. J'ai hâte que la bande originale intégrale soit disponible sur les plateformes musicales : actuellement, seule la chanson Partir un jour est disponible, la reprise des 2Be3 en version mélodique par Juliette Armanet.

J'ai passé un vrai bon moment en découvrant Partir un jour en même temps que sa projection au Palais des festivals. C'est un film qui fait du bien, énergise et rend joyeux. C'est très drôle (i.e. la scène avec Philippe Etchebest), cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu les spectateurs d'une salle de cinéma rire aussi fréquemment et aussi nombreux. Mais ce n'est pas qu'une comédie pure : c'est aussi sensible et actuel. J'ai bien aimé le mélange des genres : c'est à la fois une comédie romantique, musicale et dramatique. Il y a des scènes mémorables, la patinoire en fait partie sur l'air de Femme like U de K.Maro.
C'est selon moi une ouverture de festival très réussie. Cela confirme le talent protéiforme de Bastien Bouillon et révèle pleinement une nouvelle actrice talentueuse, Juliette Armanet, et une metteuse en scène prometteuse Amélie Bonnin. 

30 mars 2025

Le garçon

Le garçon est un "ofni" (objet filmique non identifié) de Zabou Breitman et Florent Vassault, qui mêle habilement comédie dramatique et film documentaire. 

Les co-réalisateurs sont partis du postulat que chaque vie est une aventure qui mérite d'être racontée. A la manière du livre Les gens dans l'enveloppe d'Isabelle Monin, Florent Vassault a acheté en brocante un lot de 200 photos. Avec Zabou Breitman, ils ont décidé de raconter l'histoire du garçon que l'on voit sur les photos : lui en format documentaire, elle sous forme de fiction. Comment s'appelle-t-il ? Qui est-il ? Qu'est-il devenu ? Quels sont ses liens avec sa famille ? Florent Vassault a commencé l'enquête en juin 2020. Elle a duré deux ans, tout comme le montage, qui devait réussir à articuler les deux parties du film dans un objet cohérent. La mécanique peut sembler complexe, mais le film est très fluide et également très drôle et très émouvant par moment. 

J'ai eu l'occasion de les rencontrer en avant-première et de pouvoir observer avec une certaine émotion les photos originales présentées à la sortie de la salle à la fin de la projectionJ'aime la sensibilité et l'humanité qui se dégage de Zabou, ses choix aussi bien au cinéma qu'au théâtre. J'avais beaucoup apprécié la pièce Des gens dans laquelle elle jouait avec Laurent Lafitte des textes de Raymond Depardon. Je ne connaissais pas Florent Vassault : il est avant tout chef monteur. Durant le projet Le garçon, il a fait en parallèle le montage de 4 films.

Zabou Breitman a eu 6 jours de tournage. Elle a immédiatement choisi ses acteurs : 
dans le rôle du garçon devenu adulte, Damien Sobieraff, avec qui elle avait collaboré au théâtre. Il a un air de ressemblance indéniable avec Emmanuel Macron, mais elle y voit surtout un double de Florent Vassault ;
- ses parents sont incarnés par Isabelle Nanty et François Berléand car ce sont "avant tout des artistes", qui se sont investis à fond dans ce projet. C'est un exercice délicat : il ne faut pas juger les personnages, au risque de tomber dans la parodie ou la moquerie. 

Ce qui est drôle, c'est que les deux metteurs en scène n'ont pas vécu les mêmes expériences de tournage. Florent Vassault était en amont. Il avait conclu un pacte avec Zabou Breitman : il ne devait pas lui révéler si le garçon était décédé, tout en lui fournissant des témoignages provenant de son documentaire, dont elle extrayait des phrases pour les faire rejouer par ses acteurs. Elle imagine le contrechamp des photos et fixe leurs paroles sur la pellicule.

C'est un film très orignal, réalisé à quatre mains, qui vaut le détour. C'est surprenant, drôle (par exemple, quand des personnes commentent les mêmes photos de manière diamétralement opposées) et touchant (quand on découvre certains secrets du garçon, des pans de sa vie et de son histoire familiale). On mène l'enquête avec eux : plus le film avance, plus l'envie de savoir si le garçon est toujours en vie va crescendo, tout comme le risque d'être déçu. C'est un film à voir pour défendre des projets artistiques originaux : ils ont pris le risque de ne pas avoir de film à la fin, si le garçon (devenu homme) s'était opposé à sa diffusion ou si l'enquête avait tourné court. J'aime le postulat de départ et, au final, cette vie, ce film pour ce garçon, mérite amplement d'être porté sur grand écran.


23 mars 2025

Tout le monde aime Clara


Tout le monde aime Clara est le vingtième roman de David Foenkinos, après notamment Charlotte (prix Renaudot et prix Goncourt des lycéens). Il est publié aux éditions Gallimard. 

Clara, une adolescente choyée par ses parents Alexis et Marie, tombe dans le coma à la suite d'un accident de voiture. A son réveil, "Clara ne se sent pas normale"Comme le dit le médecin qui la suit : "On ne sort pas indemne d'une telle plongée.". Il y est aussi question d'un ex-écrivain, Eric Ruprez, mystérieux et taiseux. Il anime un atelier d'écriture auquel Alexis va s'inscrire...

C'est un livre qui traite beaucoup de l'écriture, de l'inspiration, du processus créatif. Voici quelques citations à ce sujet : 
"Personne n'écrit pour soi."
"Tant d'artistes finissent par arrêter de créer pour ne pas crever leur cœur."
"Il n'est pas rare qu'un écrivain, sans parfois même sans rendre compte, écrive toujours le même livre.
"Ecrire était pour lui cet aller-retour incessant entre l'estime de soi et le mépris de soi."
"Il y a des œuvres qui vous inspirent, vous emportent, mais il existe aussi des œuvres qui vous tuent."

L'auteur considère que n'importe quelle démarche artistique est un aller-retour entre égo, fragilité et incertitude. Le doute est un moteur personnel très fort. Il a connu un succès immense avec La délicatesse en 2009, à l'âge de 36 ans. Il a mis du temps à trouver un équilibre entre avoir peu de confiance en soi et se prendre au sérieux. 

Ce roman parle aussi d'intuition, d'un don, d'une destinée et de ses conséquences : l'isolement et la souffrance que peut engendrer une différence. Il traite du sens de la vie, des choix que l'on fait, des renoncements et des regrets que l'on peut traîner à vie.

Le deuil est un thème fréquent dans ses livres mais ce n'est pas sombre, c'est une pulsion de vie. L'auteur a été confronté à la mort à l'âge de 16 ans. C'est ainsi que Clara "arrivait à l'âge adulte, avec le sentiment d'avoir déjà vécu plusieurs vies, mais pas encore la sienne.".

J'aime la façon dont sont traitées les relations parents enfant dans ce contexte : "Il y avait de quoi être perturbée par la puissance du don de son enfant, perdue entre l'émerveillement et l'horreur de la considérer come une bête un peu étrange.".

Les notes de bas de page sont - comme toujours - tantôt surprenantes essentielles, anecdotiques. Selon l'auteur, elles constituent presque un roman parallèle ! Le terme "délicatesse" est cité à plusieurs reprises, tout comme l'occurrence de "numéro deuxpour qualifier Clara. Ces clins d'œil m'amusent en tant que lectrice, ils installent une connivence avec l'auteur.

J'ai aimé le fait que des personnages qui semblent secondaires prennent davantage de place dans une autre partie du roman et les nombreuses références culturelles : la sculpture de L'Ange du chagrin à Rome, une toile de Caillebotte exposée au musée d'Orsay, L'Amant de Marguerite Duras, L'Education sentimentale de Flaubert, le Journal de Kafka, Livret de famille de Patrick Modiano, etc. Elle jouent un rôle essentiel dans l'intrigue.

Après Numéro deux publié en 2022 et actuellement adapté au théâtre Tristan Bernard, Tout le monde aime Clara rencontre un très bon accueil, à la hauteur de celui reçu pour La délicatesseJ'ai été embarquée par le déroulé inhabituel de l'histoire, le suspense autour d'une date clé qui hante Eric Ruprez m'a tenu en haleine, tout comme la teneur du don de Clara et sa destinée. C'est un livre qui m'a surpris, m'a diverti, m'a procuré du plaisir à la lecture et m'a donné envie de le partager.