Partir un jour est un film d'Amélie Bonnin, avec Juliette Armanet et Bastien Bouillon. Il a été présenté hier en ouverture du Festival de Cannes 2025 - ce qui est rare pour un premier film - et hors compétition.
Cécile Béguin (Juliette Armanet) est chef : elle a remporté l'émission culinaire Top chef. Elle doit ouvrir son restaurant gastronomique dans 15 jours. Alors qu'elle découvre qu'elle est enceinte, elle apprend que son père, qui tient un restaurant routier dans l'Est de la France, a fait un nouvel infarctus. Sur les conseils de son compagnon, elle retourne dans son quartier d'enfance. L'occasion de retrouver ses parents et Raphaël (Bastien Bouillon), "son vieux pote de collège", ce qui va raviver des souvenirs adolescents...
Juliette Armanet en impose du haut de son 1m58 ! Omniprésente à l'image, elle est naturelle et dégage une vraie présence. Elle est juste, convaincante, autant crédible en chef qu'en patineuse, elle a décidément tous les talents. Pour son premier rôle principal, c'est une réussite. Elle capte la lumière de la caméra, avec une liberté saisissante. Elle incarne une femme contemporaine, quarantenaire et sans enfant, qui s'est donnée les moyens pour réussir à avoir aujourd'hui son propre restaurant : elle est partie de chez elle jeune avec cette ambition qui a certainement nécessité des sacrifices.
Raphaël est incarné par Bastien Bouillon. J'ai été conquise par le personnage dès sa première apparition dans le film en "mannequin égérie chasse et pêche magazine" quand il aborde Cécile en sortant de l'eau ! Son sourire et ses éclats de rire m'embarquent à chaque fois. J'ai adoré quand il chante Ces soirées-là de Yannick en discothèque, avec beaucoup d'autodérision et de second degré. Cheveux blonds mi-longs, il tient le rôle d'un garagiste qui n'a jamais quitté la ville de son enfance. Cet acteur est capable de tout jouer avec la même crédibilité. J'apprécie son travail et je le suis avec attention depuis Seules les bêtes puis La nuit du 12 de Dominik Moll, je l'ai retrouvé avec plaisir dans Le Comte de Monte-Cristo de Matthieu Delaporte & Alexandre de La Patellière et il sera en septembre dans Connemara d'Alex Lutz, adapté du roman de Nicolas Mathieu : j'ai tellement d'attentes sur ce film après Leurs enfants après eux des frères Boukherma cet hiver.
François Rollin joue le rôle du père bougon et têtu, qui brandit son carnet de citations de l'émission Top chef pour faire des reproches à sa fille. Quand il fredonne la chanson Cécile de Claude Nougaro, c'est très émouvant.
C'est Dominique Blanc qui campe la mère de Cécile, la femme d'un restaurateur qui rêve de voyage et d'évasion.
Sofiane, l'associé et compagnon de Cécile, est incarné par Tewfik Jallab. C'est une belle découverte à titre personnel.
Les personnages secondaires ont de la profondeur : on croit aux deux amis de Raphaël, à la bande de potes qui se retrouvent pour jouer à Time's Up et miment des personnages tout en buvant des verres. On a envie de partager leurs fous rires, c'est communicatif.
Amélie Bonnin avait déjà réalisé un court métrage éponyme en 2021, avec les mêmes acteurs principaux, d'une durée de 25 minutes. Il avait obtenu le César 2023 du meilleur court métrage. J'avais beaucoup aimé le découvrir sur Arte et il est toujours disponible en replay. Quand j'avais entendu parler du projet de long métrage, j'avais eu peur que ce soit une redite, mais ce n'est pas le cas : le long format utilise le même procédé (les chansons interprétées par les personnages ponctuent le film) et la même base d'histoire (le retour dans sa région d'enfance d'un des personnages) mais c'est une autre histoire. La réalisatrice a co-signé le scénario avec Dimitri Lucas pour aboutir à un vrai film original d'une durée d'1h38 durant lequel on ne s'ennuie pas une minute.
Les chansons populaires présentes dans le film sont revisitées : cela commence par Alors on danse de Stromae, interprétée par les personnages de Cécile et de Sofiane. La musique est composée notamment par Kerenn Ann et Chilly Gonzales, et supervisée par Matthieu Sibony. J'ai hâte que la bande originale intégrale soit disponible sur les plateformes musicales : actuellement, seule la chanson Partir un jour est disponible, la reprise des 2Be3 en version mélodique par Juliette Armanet.
J'ai passé un vrai bon moment en découvrant Partir un jour en même temps que sa projection au Palais des festivals. C'est un film qui fait du bien, énergise et rend joyeux. C'est très drôle (i.e. la scène avec Philippe Etchebest), cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu les spectateurs d'une salle de cinéma rire aussi fréquemment et aussi nombreux. Mais ce n'est pas qu'une comédie pure : c'est aussi sensible et actuel. J'ai bien aimé le mélange des genres : c'est à la fois une comédie romantique, musicale et dramatique. Il y a des scènes mémorables, la patinoire en fait partie sur l'air de Femme like U de K.Maro.
C'est selon moi une ouverture de festival très réussie. Cela confirme le talent protéiforme de Bastien Bouillon et révèle pleinement une nouvelle actrice talentueuse, Juliette Armanet, et une metteuse en scène prometteuse Amélie Bonnin.

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