
L'étranger est un film de François Ozon avec Benjamin Voisin, d'après le roman éponyme d'Albert Camus.
Alger, 1938. Meursault (Benjamin Voisin) reçoit un télégramme lui annonçant la mort de sa mère placée en asile. Il se rend à l'enterrement mais ne verse pas une larme pour sa mère défunte. Le lendemain, il retrouve Marie (Rebecca Marder) aux bains d'Alger. Ils se rendent ensuite au cinéma voir le film Le Schpountz avec Fernandel. Son voisin et ami Raymond (Pierre Lottin) lui propose ensuite de passer la journée à la plage. C'est là que Meursault tue un arabe de cinq balles de pistolet tirées à bout portant. C'est alors que tout vacille...
Benjamin Voisin retrouve la caméra de François Ozon après Été 85 que j'avais adoré - c'est mon film préféré de ce réalisateur dont j'ai vu toute la filmographie. C'est un acteur dont j'admire le jeu et les choix de film.
A seulement 28 ans, il a déjà une filmographie impressionnante et un César pour son rôle d'arriviste dans Illusions perdues de Xavier Giannoli. Il a incarné un chef cuisinier flamboyant dans la série Carême (disponible sur Canal+), un escroc attachant dans En roue libre avec Marina Foïs (l'un de mes films préférés), un jeune violent dans Jouer avec le feu avec Vincent Lindon et Stefan Crepon.
Son charisme est indéniable, sa beauté est sublimée par le noir et blanc très esthétique - comme dans Frantz avec Pierre Niney. Il m'a fait penser à Alain Delon dans Plein soleil de René Clément avec Romy Schneider.
Il répond fréquemment "Je ne sais pas" aux questions qu'on lui pose. Il est taciturne, peu disert, très posé. Un rôle complexe pour lequel il s'est isolé dans la préparation et durant le tournage.
Rebecca Marder retrouve le metteur en scène après la comédie des années trente Mon crime sortie en 2023 (actuellement en replay sur France TV). J'aime beaucoup cette actrice délicate. Elle avait un second rôle dans Deux moi de Cédric Klapisch, incarnait Simone Veil dans Simone, le voyage du siècle biopic d'Olivier Dahan. Elle a également joué dans Les goûts et les couleurs de Michel Leclerc avec Félix Moati, De grandes espérances avec Benjamin Lavernhe.
Elle campe ici une dactylo élégante, optimiste et amoureuse de Meursault.
Pierre Lottin avait déjà tourné avec le metteur en scène dans Quand vient l'automne en 2024. Prêt à tout dans La bataille du rail, musicien amateur dans En fanfare avec Benjamin Lavernhe, il incarne ici un manutentionnaire haut en couleur, voisin de Meursault.
Swann Arlaud avait joué la victime d'un prêtre dans Grâce à Dieu d'Ozon (film très émouvant), brillé dans le drame social Petit paysan et a été césarisé pour son rôle d'avocat dans le film Anatomie d'une chute.
Il incarne dans L'étranger un aumônier très compatissant.
Denis Lavant joue un autre voisin de Meursault qui maltraite son chien, Jean-Charles Clichet un avocat et Nicolas Vaude le procureur.
La photographie est signée par Manu Decosse, un collaborateur habituel du réalisateur. L'image est sublime. On ressent la chaleur et la moiteur ambiantes. Le noir et blanc réussit à être très lumineux.
La bande originale est signée de Fatima Al Qadiri.
Cela m'a donné envie de relire le livre de Camus que j'avais lu au lycée. L'incipit de L'étranger est considéré comme l'un des plus célèbres passages de la littérature française : "Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile : “Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.” François Ozon fait lui le choix de débuter son film par la phrase "J'ai tué un Arabe."
C'est un film exigeant, un vrai pari de cinéma, au travers d'une adaptation complexe qui peut diviser. Personnellement, j'ai été conquise grâce à son casting cinq étoiles, une réalisation maitrisée et un vrai univers cinématographique, comme toujours avec François Ozon, l'un de mes réalisateurs préférés qui me séduit par ses choix originaux.
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