Blog culturel - Avis personnels sur les actualités cinéma, exposition, livre, théâtre et spectacle
13 mai 2025
Partir un jour
30 mars 2025
Le garçon
Le garçon est un "ofni" (objet filmique non identifié) de Zabou Breitman et Florent Vassault, qui mêle habilement comédie dramatique et film documentaire.
Les co-réalisateurs sont partis du postulat que chaque vie est une aventure qui mérite d'être racontée. A la manière du livre Les gens dans l'enveloppe d'Isabelle Monin, Florent Vassault a acheté en brocante un lot de 200 photos. Avec Zabou Breitman, ils ont décidé de raconter l'histoire du garçon que l'on voit sur les photos : lui en format documentaire, elle sous forme de fiction. Comment s'appelle-t-il ? Qui est-il ? Qu'est-il devenu ? Quels sont ses liens avec sa famille ? Florent Vassault a commencé l'enquête en juin 2020. Elle a duré deux ans, tout comme le montage, qui devait réussir à articuler les deux parties du film dans un objet cohérent. La mécanique peut sembler complexe, mais le film est très fluide et également très drôle et très émouvant par moment.
J'ai eu l'occasion de les rencontrer en avant-première et de pouvoir observer avec une certaine émotion les photos originales présentées à la sortie de la salle à la fin de la projection. J'aime la sensibilité et l'humanité qui se dégage de Zabou, ses choix aussi bien au cinéma qu'au théâtre. J'avais beaucoup apprécié la pièce Des gens dans laquelle elle jouait avec Laurent Lafitte des textes de Raymond Depardon. Je ne connaissais pas Florent Vassault : il est avant tout chef monteur. Durant le projet Le garçon, il a fait en parallèle le montage de 4 films.
Zabou Breitman a eu 6 jours de tournage. Elle a immédiatement choisi ses acteurs :
- dans le rôle du garçon devenu adulte, Damien Sobieraff, avec qui elle avait collaboré au théâtre. Il a un air de ressemblance indéniable avec Emmanuel Macron, mais elle y voit surtout un double de Florent Vassault ;
- ses parents sont incarnés par Isabelle Nanty et François Berléand car ce sont "avant tout des artistes", qui se sont investis à fond dans ce projet. C'est un exercice délicat : il ne faut pas juger les personnages, au risque de tomber dans la parodie ou la moquerie.
Ce qui est drôle, c'est que les deux metteurs en scène n'ont pas vécu les mêmes expériences de tournage. Florent Vassault était en amont. Il avait conclu un pacte avec Zabou Breitman : il ne devait pas lui révéler si le garçon était décédé, tout en lui fournissant des témoignages provenant de son documentaire, dont elle extrayait des phrases pour les faire rejouer par ses acteurs. Elle imagine le contrechamp des photos et fixe leurs paroles sur la pellicule.
C'est un film très orignal, réalisé à quatre mains, qui vaut le détour. C'est surprenant, drôle (par exemple, quand des personnes commentent les mêmes photos de manière diamétralement opposées) et touchant (quand on découvre certains secrets du garçon, des pans de sa vie et de son histoire familiale). On mène l'enquête avec eux : plus le film avance, plus l'envie de savoir si le garçon est toujours en vie va crescendo, tout comme le risque d'être déçu. C'est un film à voir pour défendre des projets artistiques originaux : ils ont pris le risque de ne pas avoir de film à la fin, si le garçon (devenu homme) s'était opposé à sa diffusion ou si l'enquête avait tourné court. J'aime le postulat de départ et, au final, cette vie, ce film pour ce garçon, mérite amplement d'être porté sur grand écran.
23 mars 2025
Tout le monde aime Clara
Clara, une adolescente choyée par ses parents Alexis et Marie, tombe dans le coma à la suite d'un accident de voiture. A son réveil, "Clara ne se sent pas normale". Comme le dit le médecin qui la suit : "On ne sort pas indemne d'une telle plongée.". Il y est aussi question d'un ex-écrivain, Eric Ruprez, mystérieux et taiseux. Il anime un atelier d'écriture auquel Alexis va s'inscrire...
C'est un livre qui traite beaucoup de l'écriture, de l'inspiration, du processus créatif. Voici quelques citations à ce sujet :
"Personne n'écrit pour soi."
"Tant d'artistes finissent par arrêter de créer pour ne pas crever leur cœur."
"Il n'est pas rare qu'un écrivain, sans parfois même sans rendre compte, écrive toujours le même livre."
"Ecrire était pour lui cet aller-retour incessant entre l'estime de soi et le mépris de soi."
"Il y a des œuvres qui vous inspirent, vous emportent, mais il existe aussi des œuvres qui vous tuent."
Ce roman parle aussi d'intuition, d'un don, d'une destinée et de ses conséquences : l'isolement et la souffrance que peut engendrer une différence. Il traite du sens de la vie, des choix que l'on fait, des renoncements et des regrets que l'on peut traîner à vie.
Le deuil est un thème fréquent dans ses livres mais ce n'est pas sombre, c'est une pulsion de vie. L'auteur a été confronté à la mort à l'âge de 16 ans. C'est ainsi que Clara "arrivait à l'âge adulte, avec le sentiment d'avoir déjà vécu plusieurs vies, mais pas encore la sienne.".
J'aime la façon dont sont traitées les relations parents enfant dans ce contexte : "Il y avait de quoi être perturbée par la puissance du don de son enfant, perdue entre l'émerveillement et l'horreur de la considérer come une bête un peu étrange.".
Les notes de bas de page sont - comme toujours - tantôt surprenantes essentielles, anecdotiques. Selon l'auteur, elles constituent presque un roman parallèle ! Le terme "délicatesse" est cité à plusieurs reprises, tout comme l'occurrence de "numéro deux" pour qualifier Clara. Ces clins d'œil m'amusent en tant que lectrice, ils installent une connivence avec l'auteur.
J'ai aimé le fait que des personnages qui semblent secondaires prennent davantage de place dans une autre partie du roman et les nombreuses références culturelles : la sculpture de L'Ange du chagrin à Rome, une toile de Caillebotte exposée au musée d'Orsay, L'Amant de Marguerite Duras, L'Education sentimentale de Flaubert, le Journal de Kafka, Livret de famille de Patrick Modiano, etc. Elle jouent un rôle essentiel dans l'intrigue.
Après Numéro deux publié en 2022 et actuellement adapté au théâtre Tristan Bernard, Tout le monde aime Clara rencontre un très bon accueil, à la hauteur de celui reçu pour La délicatesse. J'ai été embarquée par le déroulé inhabituel de l'histoire, le suspense autour d'une date clé qui hante Eric Ruprez m'a tenu en haleine, tout comme la teneur du don de Clara et sa destinée. C'est un livre qui m'a surpris, m'a diverti, m'a procuré du plaisir à la lecture et m'a donné envie de le partager.
16 mars 2025
Mon gâteau préféré
9 mars 2025
Eloquentia
Tanina et Clément se sont opposés lors de la seconde battle portant sur "La vie à l'école : l'école de la vie ?". Tanina a marqué des points en attaquant son intervention avec une blague en partant de la question "Qui a eu cette idée folle un jour d'inventer l'école ?" : elle a fait rire d'emblée les 3 500 spectateurs de la grande salle de la Seine Musicale ! Clément, quant à lui, a choisi un point de vue original en s'adressant à lui enfant, en se projetant 12 ans plus tôt.
4 mars 2025
Olga de Amaral
Après des études aux États-Unis dans les années 1950, elle est retournée en Colombie et a ouvert un atelier dès 1955. Elle y a expérimenté depuis les années 1960.
26 février 2025
L'attachement
Sa relation avec Eliott est très singulière et très émouvante. Lors d'une dispute, Alex crie à Elliot : "Je t'aime comme un fils, même si je ne suis pas ton père". Cette déclaration d'amour atypique traduit la particularité de leur relation et met en lumière le trio formé avec David (Raphaël Quenard), l'ex-compagnon de Cécile et père (biologique) d'Elliot. C'est à la fois bancal, touchant et très contemporain. On découvre l'existence de ce lien biologique quand Eliott interroge Sandra sur l'amour de son père envers lui avec l'arrivée de sa petite sœur Lucille : "Est-ce qu'Alex l'aimera plus que moi ?", Sandra (qui a beaucoup de bon sens, même si elle n'est pas mère) lui répond : "Un père a de la place pour tous ses enfants". Elliot lui rétorque : "Sauf que je ne suis pas son enfant", ce qui était implicitement supposé en tant que spectateur.
- la mère de Cécile (Catherine Mouchet) qui rappelle lors de ses interventions successives la perte de sa fille et le vide laissé, sans misérabilisme et avec une infinie douceur ;
23 février 2025
Solann, Miki & Yoa en concert
Ses titres sont tantôt déprimant, tantôt entraînant, comme Rome ou Les ogres, dont voici un extrait vidéo :
Ensuite, la cowboy Miki s'est emparée de la scène : libre, brute et originale, cette franco-coréenne mixe ses sons avec une aisance certaine. Son EP graou (terme pour désigner un problème grave... mais pas si grave que ça !) sortira début mars.
Elle a mis le feu au studio 104 de la Maison de la Radio en interprétant Mes copines, dont voici le refrain :
15 février 2025
La Pampa
Le train constitue à deux reprises dans La Pampa un espoir pour lui de s'évader de cette zone enclavée, de fuir les équipements municipaux désaffectés et laissés à l'abandon, et d'expérimenter de nouvelles aventures.
18 janvier 2025
L'amour au présent
L'amour au présent est une comédie dramatique de John Crowley, avec Florence Pugh et Andrew Garfield.
En Grande-Bretagne. Tobias (Andrew Garfield) est sur le point de signer ses papiers de divorce quand son stylo n'a plus d'encre et son crayon plus de mine. Il sort en peignoir acheter des stylos. C'est alors qu'Almut (Florence Pugh) le heurte avec sa voiture... une drôle de rencontre ! Ils engagent la conversation à son réveil à l'hôpital. Elle est chef de son restaurant et lui travaille chez Weetabix. Ils vont commencer à se fréquenter.
On doit notamment au réalisateur Irlandais John Crowley le film Boy A sorti en 2009 - déjà avec Andrew Garfield (le premier film qui m'a fait aimer le jeu et les choix de cet acteur) - et Le Chardonneret avec Ansel Elgort. Il a réalisé des épisodes de plusieurs séries à succès : True detective, Modern love, Black mirror.
Le film est construit sur de nombreux flashbacks. Cela peut être déstabilisant au début mais en fait on s'habitue vite à ce mode narratif. Les différents looks du personnage de Florence Pugh permettent de se repérer facilement dans le temps.
L'humour est assez touchant et parfois inattendu, surtout quand la situation semble désespérée, comme la première fois qu'ils se parlent à l’hôpital ou la scène de l'accouchement riche en surprises !
Le film repose sur son duo d'acteurs, les autres personnages sont secondaires, on les voit à l'occasion d'une seule scène pour la grande majorité :
- Florence Pugh est formidable, elle joue un personnage très compétitif, qui fait des choix singuliers mais courageux et qui répondent à une logique personnelle. Révélée au monde entier à l'été 2019 par Midsommar d'Ari Aster, elle était quelques mois plus tard Amy dans Les filles du docteur March - version de Greta Gerwig - qui lui vaudra une nomination aux Oscars. Elle m'avait touchée dans A good person de Zach Braff avec Morgan Freeman. On a aussi pu la voir dans Oppenheimer de Christopher Nolan ou encore Dune : deuxième partie de Denis Villeneuve. Une sacrée filmographie à même pas 30 ans ! Elle est aussi productrice. Je la trouve toujours vraie, authentique, crédible, quel que soit son rôle. Elle m'embarque, me fait croire à la trajectoire de son personnage et à celle du film.
- Andrew Garfield est très touchant, montre un côté très sensible : il a les larmes au bord des yeux durant les trois-quarts du film ! Il a incarné Spiderman dans les années 2010 (avant Tom Holland et après Tobey Maguire) au côté d'Emma Stone, dans les films du de Marc Webb. Il était Eduardo Saverin dans The social network de David Fincher en 2010. Je l'ai adoré dans Under the silver lake, un Ovni de David Robert Mitchell à l'été 2018 avec Riley Keough. Comme sa partenaire à l'écran, il a été nommé aux Oscars, lui à deux reprises : en 2017, pour Tu ne tueras point de Mel Gibson et, en 2022, pour Tick, Tick...Boom! de Lin-Manuel Miranda (le créateur de Hamilton).
Je trouve que le titre original du film (We live in time) est plus parlant que sa traduction française et traduit davantage les différentes périodes explorées par le film.
A noter que Benedict Cumberbatch est crédité en tant que producteur délégué.
Le film dure 1h48 sans longueur. Il comporte quelques scènes très belles : à la fête foraine (le visuel de l'affiche), à la patinoire, ou encore quand on apprend la bonne méthode pour casser des œufs quand on cuisine. C'est un film sincère, un peu lacrymal, original dans son déroulé, que j'ai bien aimé pour son duo d'acteurs.
2 janvier 2025
Harriet Backer, La musique des couleurs
Plus que 10 jours pour découvrir la superbe exposition Harriet Backer, La musique des couleurs au musée d'Orsay, qui est visible jusqu’au 12 janvier uniquement !
Harriet Backer (1845-1932) a été la peintre femme la plus célèbre en Norvège à la fin du 19e siècle. Elle est méconnue en dehors des frontières de son pays. Le
titre de l'exposition fait référence à sa passion pour la musique, qui était au cœur de
son travail et dont la sœur était une compositrice renommée.
Cela m'a fait penser pour les intérieurs scandinaves et la lumière intense qui s'en dégage aux tableaux d'Hammershøi, le maître de la peinture danoise.
Néanmoins, au delà des variations de lumière qui ont beaucoup inspirées Harriet Backer, le style de sa peinture a beaucoup évolué durant sa longue carrière. En effet, elle a proposé des scènes d'intérieur mais aussi en plein air. Elle s'est inspirée du courant réaliste et également de l'impressionnisme. C'est une exposition très riche qui rend hommage à cette artiste méconnue. C'est une très belle découverte, en marge de l’exposition Caillebotte !
24 décembre 2024
Leurs enfants après eux
Il a été auréolé du prix Marcello Mastroianni du meilleur jeune espoir à la Mostra de Venise pour son interprétation. Il avait été nommé aux César dans la catégorie Meilleur jeune espoir masculin deux années consécutives : en 2023 pour Le lycéen de Christophe Honoré et en 2024 pour Le règne animal de Thomas Cailley, avec Romain Duris comme père, une révélation et une prestation qui m'avait déjà séduite, malgré le genre science-fiction du film que je n'affectionne pas beaucoup.












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