Le garçon est un "ofni" (objet filmique non identifié) de Zabou Breitman et Florent Vassault, qui mêle habilement comédie dramatique et film documentaire.
Les co-réalisateurs sont partis du postulat que chaque vie est une aventure qui mérite d'être racontée. A la manière du livre Les gens dans l'enveloppe d'Isabelle Monin, Florent Vassault a acheté en brocante un lot de 200 photos. Avec Zabou Breitman, ils ont décidé de raconter l'histoire du garçon que l'on voit sur les photos : lui en format documentaire, elle sous forme de fiction. Comment s'appelle-t-il ? Qui est-il ? Qu'est-il devenu ? Quels sont ses liens avec sa famille ? Florent Vassault a commencé l'enquête en juin 2020. Elle a duré deux ans, tout comme le montage, qui devait réussir à articuler les deux parties du film dans un objet cohérent. La mécanique peut sembler complexe, mais le film est très fluide et également très drôle et très émouvant par moment.
J'ai eu l'occasion de les rencontrer en avant-première et de pouvoir observer avec une certaine émotion les photos originales présentées à la sortie de la salle à la fin de la projection. J'aime la sensibilité et l'humanité qui se dégage de Zabou, ses choix aussi bien au cinéma qu'au théâtre. J'avais beaucoup apprécié la pièce Des gens dans laquelle elle jouait avec Laurent Lafitte des textes de Raymond Depardon. Je ne connaissais pas Florent Vassault : il est avant tout chef monteur. Durant le projet Le garçon, il a fait en parallèle le montage de 4 films.
Zabou Breitman a eu 6 jours de tournage. Elle a immédiatement choisi ses acteurs :
- dans le rôle du garçon devenu adulte, Damien Sobieraff, avec qui elle avait collaboré au théâtre. Il a un air de ressemblance indéniable avec Emmanuel Macron, mais elle y voit surtout un double de Florent Vassault ;
- ses parents sont incarnés par Isabelle Nanty et François Berléand car ce sont "avant tout des artistes", qui se sont investis à fond dans ce projet. C'est un exercice délicat : il ne faut pas juger les personnages, au risque de tomber dans la parodie ou la moquerie.
Ce qui est drôle, c'est que les deux metteurs en scène n'ont pas vécu les mêmes expériences de tournage. Florent Vassault était en amont. Il avait conclu un pacte avec Zabou Breitman : il ne devait pas lui révéler si le garçon était décédé, tout en lui fournissant des témoignages provenant de son documentaire, dont elle extrayait des phrases pour les faire rejouer par ses acteurs. Elle imagine le contrechamp des photos et fixe leurs paroles sur la pellicule.
C'est un film très orignal, réalisé à quatre mains, qui vaut le détour. C'est surprenant, drôle (par exemple, quand des personnes commentent les mêmes photos de manière diamétralement opposées) et touchant (quand on découvre certains secrets du garçon, des pans de sa vie et de son histoire familiale). On mène l'enquête avec eux : plus le film avance, plus l'envie de savoir si le garçon est toujours en vie va crescendo, tout comme le risque d'être déçu. C'est un film à voir pour défendre des projets artistiques originaux : ils ont pris le risque de ne pas avoir de film à la fin, si le garçon (devenu homme) s'était opposé à sa diffusion ou si l'enquête avait tourné court. J'aime le postulat de départ et, au final, cette vie, ce film pour ce garçon, mérite amplement d'être porté sur grand écran.

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