16 mars 2025

Mon gâteau préféré


Mon gâteau préféré est un film scénarisé et réalisé par Maryam Moghadam et Behtash Sanaeeha. C'est leur second film de fiction en tant que co-réalisateurs.

A Téhéran, en Iran, de nos jours. Mahin (Lili Farhadpour) a 70 ans. Veuve depuis 30 ans, elle vit seule : ses enfants sont partis à l'étranger et elle voit ses amies moins fréquemment qu'avant. Elle remarque dans un restaurant pour retraités Faramarz (Esmaeel Mehrabi), un chauffeur de taxi. Elle décide de l'attendre à la fin de son service et de l'aborder en lui proposant de passer la soirée ensemble... 

C'est un film en deux parties : 
- avant leur rencontre
- puis après leur rencontre, elle-même subdivisée en deux temps. 

La police des mœurs surveille les agissements des habitants : elle plane au dessus d'eux, dans le contexte traditionnel et religieux de la société iranienne. Mahib et Faramarz vont braver les interdits, malgré des voisins suspicieux, lors de cette soirée spéciale, et profiter de joies simples : le parfum d'herbes aromatiques cueillies dans le jardin, la musique, la danse et l'alcool. 
 
Lili Farhadpour est formidable dans ce rôle de femme indépendante pour lequel elle a pris des risques personnels. Pendant la soirée, son personnage change de tenue à de multiples reprises, dans une tentative de séduction de son partenaire, alors qu'au début du film elle dit à sa fille au téléphone qu'elle met tout le temps les mêmes vêtements ! Mahib cuisine énormément, pour ses amies puis pour Faramarz, c'est très appétissant. C'est un film qui convoque les différents sens du spectateur.

Mon gâteau préféré a remporté de nombreuses récompenses, dont le Grand Prix du jury au Festival du film de Cabourg en 2024. 

Les réalisateurs ont poursuivi leur tournage en secret après le décès de Mahsa Amini et le lancement du mouvement "Femme, vie, liberté". Ils n'ont toujours pas le droit de voyager. 

En voyant rapidement l'affiche dans le métro, j'avais supposé que c'était un film animé.  

C'est un film simple et touchant, très ancré dans la réalité de la société iranienne, qui aborde les thèmes de la liberté, des choix de vie, de l'amour, de l'amitié et de la famille.

9 mars 2025

Eloquentia

Eloquentia organisait mercredi la 8e finale du plus grand concours de prise de parole francophone au monde. 

2 200 orateurs se sont affrontés lors de ce concours. Les 4 finalistes retenus ont eu 3 semaines pour préparer leur intervention de 7 minutes chacun.
 
L'association Eloquentia, créée en 2012, démocratise l’apprentissage des fondamentaux de la prise de parole, pour des jeunes de tous horizons. Je l'ai découverte en 2016 au travers de l’excellent film documentaire A voix haute co-réalisé par Stéphane de Freitas, son fondateur, et Ladj Ly. J'ai également pu assister à un concours d'éloquence de jeunes bénévoles lors du Forum Hope by UNICEF en novembre 2024.
 
La soirée a débuté par une chorégraphie synchronisée spectaculaire de la troupe Murmuration dirigée par le danseur et chorégraphe Sadek Berrabah, membre du jury, aux cotés de l'humoriste belge Laura Laune et du stand-upper et comédien Mohamed Nouar.
 
La première battle a vu s'opposer Rakitra et Nayira sur le thème "Peut-on tout dire?". Le premier orateur traite la "positive" (c'est-à-dire les arguments en faveur d'une liberté d’expression sans réserve), tandis que le second aborde la "négative". J'ai adoré quand Navira a déclaré lors de son intervention : "On ne peut pas tout dire car on ne sait pas tout". C'était un argument implacable, tandis que Rakitra m'a impressionné notamment par son entrée sur scène spectaculaire.

Tanina et Clément se sont opposés lors de la seconde battle portant sur "La vie à l'école : l'école de la vie ?". Tanina a marqué des points en attaquant son intervention avec une blague en partant de la question "Qui a eu cette idée folle un jour d'inventer l'école ?" : elle a fait rire d'emblée les
 3 500 spectateurs de la grande salle de la Seine Musicale ! Clément, quant à lui, a choisi un point de vue original en s'adressant à lui enfant, en se projetant 12 ans plus tôt.
 
Authenticité, humour, mise en scène, gestion des silences et de l'espace... tous ces facteurs (et bien d'autres) sont pris en compte pour le vote, le public comptant pour 50 % des voix, les 50 % restants étant attribués au jury.
 
Ce concours d'éloquence est un vrai show pendant 2h30, très bien orchestré, ponctué de séquences rythmées. Il a été remporté par Tanina pour qui j'avais voté. Félicitations à elles et aux 3 autres finalistes. Un spectacle original, divertissant et créatif, à refaire l'année prochaine !
 

4 mars 2025

Olga de Amaral

La Fondation Cartier pour l'art contemporain propose une rétrospective de l'artiste colombienne Olga de Amaral, qui rassemble 80 œuvres, des années 1960 à  nos jours, dont beaucoup sont exposées pour la première fois hors de Colombie, comme la série des Brumas.

Ses œuvres sont d'une grande beauté, elles jouent avec la lumière naturelle du bâtiment vitré imaginé par Jean Nouvel, ou avec celle des éclairages. Elles sont mouvantes grâce au jeu de couleurs qui se mêlent. Ses tissages sont exposés sur toute la surface d’exposition, au rez-de-chaussée et au sous-sol.

Née en 1932, Olga de Amaral est toujours en vie, mais elle n'a pas pu se rendre au vernissage de cette exposition à cause de la trop grande distance avec la Colombie où elle vit.

Après des études aux États-Unis dans les années 1950, elle est retournée en Colombie et a ouvert un atelier dès 1955.
Elle y a expérimenté depuis les années 1960.
 
Des œuvres monumentales sont présentées au rez-de-chaussée, dont la scénographie a été conçue par Lina Ghotmeh et s'inspire du rapport que l'artiste entretient avec la nature :

La série des Brumas, compte 34 pièces, dont 23 sont présentées dans l'autre salle au rez-de-chaussée :
 
 Brumas

Brumas

Au sous-sol, des expérimentations diverses, un travail sur la lumière, sur les couleurs, avec parfois des touches d'or ou de grandes surfaces dorées : 


 

Escrito 19, 2017



Dans une salle à part, on peut admirer la série des Estelas, des stèles dorées, débutée en 1966, qui compte aujourd'hui près de 70 pièces :

série des Estelas (1966-2018)

Je vous conseille de participer à une médiation culturelle, il y a plusieurs formules proposées. J'ai participé à La Grande Visite qui dure une heure et permet de comprendre le parcours de l'artiste, la technicité et l'aspect innovant de ses œuvres tissées.

A contempler jusqu'au 16 mars sur le site boulevard Raspail dans le 14e arrondissement, avant que la fondation ne déménage à proximité du musée du Louvre... et multiplie sa surface d'exposition par 13 !

26 février 2025

L'attachement


L'attachement est un film de Carine Tardieu, avec notamment Valeria Bruni Tedeschi, Pio Marmaï et Vimala Pons. 

La réalisatrice Carine Tardieu a librement adapté le livre L'intimité d'Alice Ferney : elle a expliqué, lors de l'avant-première à laquelle j'ai assistée, qu'elle n'avait conservé qu'une partie du livre et écarté du scénario du film le sujet des violences obstétriques qui est très présent dans l'ouvrage. 

C'est ici son cinquième long métrage après La tête de maman avec Karin Viard, Du vent dans mes mollets avec Agnès Jaoui, Otez-moi d'un doute (comédie réussie avec Cécile de France & François Damiens) et le récent Les jeunes amants sur la romance entre Fanny Ardant & Melvil Poupaud.

Sandra (Valeria Bruni Tedeschi) vit seule, elle n'a pas eu d'enfant. Elle dirige une librairie féministe en ville. Un matin, son voisin Alex (Pio Marmaï) et sa compagne Cécile sur le point d'accoucher lui confient leur fils Elliot avant de partir en urgence à la maternité. Sandra accepte à contre-cœur, placée devant le fait accompli. Quelques heures plus tard, la petite Lucille naît, mais Cécile meurt en couches. Alex retrouve Elliot chez Sandra et lui partage sa détresse. Des rapprochements entre Sandra & Eliott, puis entre Sandra & Alex, vont s'opérer...

Valeria Bruni Tedeschi joue le rôle Sandra, une quinqua aussi "indépendante que des chiottes sur le palier" dixit Alex ! La réalisatrice a réussi à "canaliser son côté clown", elle souhaitait voir à l'écran une femme posée, voire distante. J'ai pris plaisir à assister à la naissance de la relation entre Sandra et Elliot : la première fois qu'il débarque chez elle et s'impose sans invitation, qu'il l'enlace, et apprécier sa réaction à elle mi-surprise mi-gênée. Petit à petit, elle va rechercher les contacts physiques entre eux. L'évolution de cette relation, puis de celle entre Sandra et Alex, est très intéressante à suivre, portée par une réelle complicité entre les acteurs principaux.

Pio Marmaï nous a confiés que c'était un rôle à part pour lui, "gonflé d'émotions", davantage dans la simplicité, au plus près des sentiments. Il aimerait en tourner davantage dans ce style, mais pas seulement. La scène au début du film où il annonce à Sandra la mort de sa compagne est bouleversante, il est dans un état second.
Sa relation avec Eliott est 
très singulière et très émouvante. Lors d'une dispute, Alex crie à Elliot : "Je t'aime comme un fils, même si je ne suis pas ton père". Cette déclaration d'amour atypique traduit la particularité de leur relation et met en lumière le trio formé avec David (Raphaël Quenard), l'ex-compagnon de Cécile et père (biologique) d'Elliot. C'est à la fois bancal, touchant et très contemporain. On découvre l'existence de ce lien biologique quand Eliott interroge Sandra sur l'amour de son père envers lui avec l'arrivée de sa petite sœur Lucille : "Est-ce qu'Alex l'aimera plus que moi ?", Sandra (qui a beaucoup de bon sens, même si elle n'est pas mère) lui répond : "Un père a de la place pour tous ses enfants". Elliot lui rétorque : "Sauf que je ne suis pas son enfant", ce qui était implicitement supposé en tant que spectateur.

Le personnage d'Emilia (Vimala Pons), qui incarne un médecin, arrive un peu après dans la narration - une fois que le cadre entre voisins est posé - et elle y jouera un rôle majeur. L'actrice, tellement solaire, nous a partagés que "dans le deuil, on découvre la vie" et c'est aussi cela le thème du film. Son personnage suit une trajectoire personnelle : Emilia doit se faire une place, sa place au milieu de petits groupes déjà existants. Elle ne sait pas bien comment faire, elle tâtonne et fait des choix courageux. 

Le jeune comédien César Botti qui incarne le petit Elliot est formidable, un trublion facétieux et très juste, qui (se) pose de nombreuses questions face aux bouleversements dans sa vie et son entourage.

J'ai repéré deux autres personnages féminins notables: 
- la mère de Cécile (Catherine Mouchet) qui rappelle lors de ses interventions successives la perte de sa fille et le vide laissé, sans misérabilisme et avec une infinie douceur ; 
- Marie-Christine Barrault campe la mère de Sandra et de sa sœur Marianne (Florence Muller), dans une seule scène de dîner, auquel est également convié Alex, où les points de vue de femmes de différentes générations se confrontent avec drôlerie.

Qu'est ce que l'attachement ? C'est un lien, qui naît d'une relation spéciale, de l'amour parfois. Emilia croit en "l'ancienneté des liens" (plus ils sont anciens, plus ils sont forts), tandis que David "pourrait écrire une copie double sur ce sujet" (réplique à dire avec la verve habituelle de son interprète Raphaël Quenard). Il y a tellement de liens d'attachement différents dans ce film, montré sous des formes multiples, des attachements à deux, à trois, qui évoluent, se créent, se développent ou cessent.

C'est très bien dialogué, j'y ai été très sensible. Les répliques fusent : il y a des formules qui marquent ou qui font rire, par exemple quand Sandra & Alex s'engueulent et qu'il dit "Ma vie c'est un fagot de merde" et que finalement cela évolue en déclaration d'amitié, ou quand David interroge Sandra "toi, tu es du genre à boire mais à ne jamais être bourrée, non ?".

J'ai beaucoup aimé ce film, pour son casting attachant, ses dialogues ciselés, les thèmes abordés : il réussit à partir du deuil pour traiter de la vie, avec délicatesse (c'est l'avancée en âge de Lucille, bébé puis nourrisson, qui indique la temporalité dans l'histoire). Les vérités et les situations sont exprimées avec justesse, toutes les trajectoires des personnages qui se croisent et s'entremêlent m'ont touché. C'est mon film préféré de Carine Tardieu et certainement le rôle de Pio Marmaï qui m'a le plus bouleversé et attendri dans toute sa filmographie.

23 février 2025

Solann, Miki & Yoa en concert

France Inter a proposé il y a quelques jours un concert de trois jeunes femmes de la nouvelle scène française, qui se connaissent, s'apprécient et revendiquent une réelle sororité. 

Tout d'abord, Solann, auréolée de la Victoire de la musique de la Révélation féminine le 14 février, envoûte avec les chansons extraites de son premier album Si on sombre ce sera beau, sorti il y a quelques semaines seulement.


Ses titres sont tantôt déprimant, tantôt entraînant, comme Rome ou Les ogres, dont voici un extrait vidéo :
 

Ensuite, la cowboy Miki s'est emparée de la scène : libre, brute et originale, cette franco-coréenne mixe ses sons avec une aisance certaine. Son EP
graou (terme pour désigner un problème grave... mais pas si grave que ça !) sortira début mars.


 

Et enfin, Yoa, la Révélation scène des Victoires de la musique 2025, a conclu la soirée en beauté. Son album La favorite - qui comprend le tube Matcha queen - vient également de sortir.


Elle a mis le feu a
u studio 104 de la Maison de la Radio en interprétant Mes copines, dont voici le refrain :
 


Je connaissais déjà Solann et de Yoa. J'avais beaucoup écouté leurs albums ces dernières semaines. L'univers de Miki est une belle découverte pour moi. Voilà trois talents féminins singuliers et prometteurs à suivre de très près !

15 février 2025

La Pampa

La Pampa est un film d'Antoine Chevrollier, avec Sayyid El Alami, Amaury Foucher, Damien Bonnard et Artus. Il a été nommé à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2024.

A quelques semaines de l'été, à Longué, village d'Anjou, Jojo (Amaury Foucher) et Willy (Sayyid El Alami) sont meilleurs amis : ils sont inséparables, à l'image de leurs tatouages complémentaires sur l'avant-bras. Jojo aspire à devenir champion de France de moto-cross, avec l'aide de Willy à la mécanique - qui doit en parallèle passer le bac - de son père (Damien Bonnard) et de son entraîneur (Artus). La Pampa, c'est le nom du lieu où il s'entraîne. 

La scène d'ouverture donne le ton par son intensité : Jojo défie ses amis de traverser à moto la route nationale, avec son trafic très dense, en prenant de l'élan et sans jamais freiner. On fait donc immédiatement la connaissance de Jojo, un vrai casse-cou, accro à l'adrénaline ! Et on perçoit aussi que Willy fait une confiance aveugle en son ami, qu'il le suivrait partout sans hésiter. Leur amitié se ressent de façon palpable à l'image, grâce à une réelle complicité entre les deux acteurs.

Mais une révélation va bouleverser leurs vies... 

Antoine Chevrollier signe avec La Pampa son premier long métrage, après la réalisation d'épisodes de séries remarquées et primées (Baron noirLe bureau des légendes). Il est également co-scénariste du film, avec Bérénice Bocquillon et Faïza Guène. 

Après le rôle remarqué de Hacine dans Leurs enfants après eux des frères Boukherma, Sayyid El Alami tient ici le rôle principal. Il y est formidable, son jeu est subtil, il joue une variété d'émotions en déployant une palette riche. 
Dans ce rôle dramatique, il apporte un peu de magie et de légèreté quand il danse furtivement dans un bar sur une chanson de Véronique Sanson ou quand il sourit et que tout son visage, voire tout son être, s'illuminent.
Il avait déjà travaillé avec le metteur en scène sur la série Oussekine.
Le train 
constitue à deux reprises dans La Pampa un espoir pour lui de s'évader de cette zone enclavée, de fuir les équipements municipaux désaffectés et laissés à l'abandon, et d'expérimenter de nouvelles aventures.

Amaury Foucher incarne Jojo. C'est son premier rôle au cinéma, il a une vraie présence, une gueule que l'on remarque et que l'on retient. 

Artus a perdu beaucoup de poids pour ce rôle. Il avait été casté sur la série Le bureau des légendes par le réalisateur qui souhaitait le voir ici dans un rôle de taiseux à contre-emploi.

Il y a beaucoup de testostérone dans ce film ! Le casting masculin est crédible et investi, à l'instar de Mathieu Demy dans le rôle du beau-père de Willy. Il subsiste peu de personnages féminins :
- deux figures maternelles, celle de Willy (Florence Janas), en conflit ouvert avec lui, et celle de Jojo, plus absente
- la petite sœur de Willy, très mâture pour son âge
- Marina (Léonie Dahan-Lamort), une étudiante en Beaux-Arts à Angers qui revient chez son père pour quelques jours 
- la femme du personnage incarné par Artus.

Ce film traite de nombreux thèmes : l'amitié entre hommes, le manque d'un père disparu, le déni... et d'autres (sans trop dévoiler), toujours sans superficialité.

La musique des frères Galperine se fait hypnotique et angoissante lors de la dernière course de moto.

Je déplore parfois une mauvaise articulation de certains (jeunes) acteurs et/ou une mauvaise prise de son, qui m'a fait rater certains dialogues.

Comme m'a dit mon voisin à la fin de la projection : "On a déjà vu plus gai !". Je suis d'accord, mais c'est également juste et sonne vrai. C'est un film très actuel, qui va droit au but, très dense, sans temps mort, et qui surprend parfois par sa brutalité. C'est un premier film en forme de coup de poing maîtrisé qui touche en plein cœur.

18 janvier 2025

L'amour au présent

L'amour au présent est une comédie dramatique de John Crowley, avec Florence Pugh et Andrew Garfield.

En Grande-Bretagne. Tobias (Andrew Garfield) est sur le point de signer ses papiers de divorce quand son stylo n'a plus d'encre et son crayon plus de mine. Il sort en peignoir acheter des stylos. C'est alors qu'Almut (Florence Pugh) le heurte avec sa voiture... une drôle de rencontre ! Ils engagent la conversation à son réveil à l'hôpital. Elle est chef de son restaurant et lui travaille chez Weetabix. Ils vont commencer à se fréquenter.

On doit notamment au réalisateur Irlandais John Crowley le film Boy A sorti en 2009 - déjà avec Andrew Garfield (le premier film qui m'a fait aimer le jeu et les choix de cet acteur) - et Le Chardonneret avec Ansel Elgort. Il a réalisé des épisodes de plusieurs séries à succès : True detective, Modern love, Black mirror.

Le film est construit sur de nombreux flashbacks. Cela peut être déstabilisant au début mais en fait on s'habitue vite à ce mode narratif. Les différents looks du personnage de Florence Pugh permettent de se repérer facilement dans le temps.

L'humour est assez touchant et parfois inattendu, surtout quand la situation semble désespérée, comme la première fois qu'ils se parlent à l’hôpital ou la scène de l'accouchement riche en surprises !

Le film repose sur son duo d'acteurs, les autres personnages sont secondaires, on les voit à l'occasion d'une seule scène pour la grande majorité :

- Florence Pugh est formidable, elle joue un personnage très compétitif, qui fait des choix singuliers mais courageux et qui répondent à une logique personnelle. Révélée au monde entier à l'été 2019 par Midsommar d'Ari Aster, elle était quelques mois plus tard Amy dans Les filles du docteur March - version de Greta Gerwig - qui lui vaudra une nomination aux Oscars. Elle m'avait touchée dans A good person de Zach Braff avec Morgan Freeman. On a aussi pu la voir dans Oppenheimer de Christopher Nolan ou encore Dune : deuxième partie de Denis Villeneuve. Une sacrée filmographie à même pas 30 ans ! Elle est aussi productrice. Je la trouve toujours vraie, authentique, crédible, quel que soit son rôle. Elle m'embarque, me fait croire à la trajectoire de son personnage et à celle du film. 

- Andrew Garfield est très touchant, montre un côté très sensible : il a les larmes au bord des yeux durant les trois-quarts du film ! Il a incarné Spiderman dans les années 2010 (avant Tom Holland et après Tobey Maguire) au côté d'Emma Stone, dans les films du de Marc Webb. Il était Eduardo Saverin dans The social network  de David Fincher en 2010. Je l'ai adoré dans Under the silver lake, un Ovni de David Robert Mitchell à l'été 2018 avec Riley Keough. Comme sa partenaire à l'écran, il a été nommé aux Oscars, lui à deux reprises : en 2017, pour Tu ne tueras point de Mel Gibson et, en 2022, pour Tick, Tick...Boom! de Lin-Manuel Miranda (le créateur de Hamilton).

Je trouve que le titre original du film 
(We live in time) est plus parlant que sa traduction française et traduit davantage les différentes périodes explorées par le film.

A noter que Benedict Cumberbatch est crédité en tant que producteur délégué.

Le film dure 1h48 sans longueur. Il comporte quelques scènes très belles : à la fête foraine (le visuel de l'affiche), à la patinoire, ou encore quand on apprend la bonne méthode pour casser des œufs quand on cuisine. C'est un film sincère, un peu lacrymal, original dans son déroulé, que j'ai bien aimé pour son duo d'acteurs.

2 janvier 2025

Harriet Backer, La musique des couleurs

 

Plus que 10 jours pour découvrir la superbe exposition Harriet Backer, La musique des couleurs au musée d'Orsay, qui est visible jusqu’au 12 janvier uniquement !

Harriet Backer (1845-1932) a été la peintre femme la plus célèbre en Norvège à la fin du 19e siècle. Elle est méconnue en dehors des frontières de son pays. Le titre de l'exposition fait référence à sa passion pour la musique, qui était au cœur de son travail et dont la sœur était une compositrice renommée.

Autoportrait (inachevé)



Intérieur, le soir

Intérieur bleu


Chez moi



Le compositeur Johan Backer Lunde

Femme cousant à la lueur de la lampe 


La ferme de Jonasberget


 
Intérieur d'Øvre Nanset

 
Bibliothèque de Thorvald Boeck

Cela m'a fait penser pour les intérieurs scandinaves et la lumière intense qui s'en dégage aux tableaux d'Hammershøi, le maître de la peinture danoise.

Néanmoins, au delà des variations de lumière qui ont beaucoup inspirées Harriet Backer, le style de sa peinture a beaucoup évolué durant sa longue carrière. En effet, elle a proposé des scènes d'intérieur mais aussi en plein air. Elle s'est inspirée du courant réaliste et également de l'impressionnisme. C'est une exposition très riche qui rend hommage à cette artiste méconnue. C'est une très belle découverte, en marge de l’exposition Caillebotte !

 

24 décembre 2024

Leurs enfants après eux

 
Leurs enfants après eux est un film de Ludovic et Zoran Boukherma, d'après le roman éponyme de Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018.
 
Eté 1992. Les Vosges. Anthony, 14 ans, traîne avec son cousin, fait du vélo, passe le temps en jouant sur sa console à Street fighter. Il s'ennuie. A la plage des culs-nuls, il rencontre la fascinante Steph. Il décide alors d'emprunter la moto de son père pour la rejoindre à une soirée. Et là, c'est le début des emmerdes, son père va le tuer... 
On va suivre l’évolution des personnages sur plusieurs périodes : initialement l'été 1992, puis l'été 1994, le 14 juillet 1996 et l'été 1998.
 
Paul Kircher est fascinant dans le rôle d’Anthony. Il est tantôt candide comme un enfant, tantôt un jeune adulte, un mélange des genres unique. Son sourire naïf illumine tout son visage avec une force contagieuse. C’est très intéressant de suivre son évolution physique et celle de son jeu sur les quatre périodes du film. Quel plaisir de le retrouver et de le voir changer. 
Il a été auréolé du prix Marcello Mastroianni du meilleur jeune espoir à la Mostra de Venise pour son interprétation. Il avait été nommé aux César dans la catégorie Meilleur jeune espoir masculin deux années consécutives : en 2023 pour Le lycéen de Christophe Honoré et en 2024 pour Le règne animal de Thomas Cailley, avec Romain Duris comme père, une révélation et une prestation qui m'avait déjà séduite, malgré le genre science-fiction du film que je n'affectionne pas beaucoup. 

Ses parents sont campés par Ludivine Sagnier (vu récemment dans le polar Quand vient l’automne de François Ozon) et Gilles Lellouche, réalisateur de L'amour ouf, qui aurait pu caster dans le rôle de Clotaire adolescent... Paul Kircher, qui était en finale aux côtés de Malik Frikah !
La relation père fils - qui sera d'ailleurs l'objet du prochain livre de Nicolas Mathieu - est très touchante, elle semble plus développée que dans le livre. Le père se bat contre son addiction à l'alcool, il est entier, violent, brutal, taciturne, mais il est prêt à se battre physiquement pour défendre son fils sans poser de questions. C'est Gilles Lellouche qui a convaincu Nicolas Mathieu d'adapter son livre sur grand écran, avec une condition préalable : jouer le rôle du père d’Anthony. Au départ, il était même prévu qu'il réalise le film.
 
Je suis séduite par le charme naturel et actuel d'Angelina Woreth, qui incarne Steph. Elle fascine Anthony, il ne cesse de lui dire "T'es si belle". Elle a déjà joué dans Ma vie Ma gueule avec Agnès Jaoui de la regrettée Sophie Fillières ou encore dans la série historique Fortune de France d'après l’œuvre de Robert Merle.

Sayyid El Alami est une très belle découverte dans le rôle de Hacine. J'aurais aimé le voir encore davantage à l'écran, même si son personnage est plus développé que dans le roman.

A noter la participation de Raphaël Quenard (Je verrai toujours vos visages, Yannick, Chien de la casse qui lui a valu le César de la révélation face à Paul Kircher, L'amour ouf) en caïd local.
 
La musique était déjà très présente dans le livre de Nicolas Mathieu. La première partie du roman s'intitule "1992 Smells like teen spirit", du nom de la première chanson de Nirvana extraite de l'album Nevermind qui les a faits connaître dans le monde entier ; la deuxième s'appelle "1994 You could be mine" ; la troisième "14 juillet 1996 La fièvre" ; la dernière "1998 I will survive".
La bande originale composée par Amaury Chabauty est un énorme coup de cœur ! J'adore le thème musical original Stéphanie et les arrangements de Where did you sleep last night? de Nirvana et Where is my mind? des Pixies dans des versions très douce enregistrées avec Les Petits Chanteurs à la croix de bois. I will survive, hymne de la coupe du monde de football, surprend dans un arrangement piano mélodique. On dirait que les paroles d'Un samedi soir sur la terre de Francis Cabrel ont été écrites sur mesure pour le duo Anthony & Steph, c'est une scène magnifique tellement attendue par les spectateurs. 
Je suis certainement particulièrement touchée par la musique parce que j'avais le même Walkman jaune et gris Sony qu'Anthony 😉 C'est agréable de revivre les années 90 au travers de cette reconstitution via la musique et les habits de l'époque notamment.

Le générique de fin se déroule sur Born to run du boss Bruce Springsteen. A la fin du livre, Anthony enfourche sa Suzuki à Heillange : "Ces mêmes impressions de soir d'été, l'ombre des bois, le vent sur son visage, l'exacte odeur de l'air, le grain de la route familier comme la peau d'une fille. Cette empreinte que la vallée avait laissée dans sa chair. L'effroyable douceur d'appartenir." Ce dernier plan cinématographique parvient à exprimer tous ces mots en images.

Les frères Boukherma, jumeaux réalisateurs âgés de 32 ans seulement, sont talentueux. On leur doit déjà Teddy avec Anthony Bajon en loup-garou et L'année du requin avec Marina Foïs et Jean-Pascal Zadi.

C'est toujours compliqué de voir adapter à l'écran un livre qu'on a beaucoup aimé, qui nous a fait découvrir un auteur dont on a lu toute l'œuvre ensuite. 
L'adaptation est fidèle, les personnages sont forts, le suspense intense, les décors visuellement impactants (comme l'allée de box lieu de rendez-vous d'Hacine, les majestueux hauts fourneaux, le lac). Certaines scènes sont très fortes et impriment la rétine (par exemple, quand Anthony est face au miroir dans sa chambre avec le flingue - référence à Are you talking to me? -, le feu d'artifice rassemblant tous les résidents malgré leurs oppositions, la lumière de la lune éclairant le lac la nuit).
J'ai beaucoup aimé ce film pour la performance de tous ses acteurs, le scénario adapté, la musique et la mise en scène, mais je ne suis pas certaine qu'il me marquera aussi longtemps que le livre qui a été un choc en août 2020. Quand je le relirai, c'est certain qu'Anthony aura désormais les traits de Paul Kircher.

8 décembre 2024

La plus précieuse des marchandises

La plus précieuse des marchandises est un film d'animation de Michel Hazanavicius, d'après le conte éponyme de Jean-Claude Grumberg, co-auteur du film. Il a été présenté en compétition au Festival de Cannes 2024.

Une pauvre bûcheronne qui marche dans la forêt enneigée entend un train de marchandises passer au loin. Elle implore le ciel pour qu'il lui lui apporte une marchandise. Elle est sur le point de repartir chez elle quand elle entend un bébé pleurer à proximité. Elle le ramène à la maison, mais son mari ne va pas accueillir ce nouvel habitant avec le même engouement, lui reprochant d'être un sans-cœur...

C'est le premier film d'animation de Michel Hazanavicius, après notamment la saga OSS 117, The artist, Le redoutable... J'avais déjà pu apprécier la qualité de son trait de crayon lors d'un documentaire sur Canal + qui présentait la création d'un storyboard très détaillé pour l'un de ses films précédents.

Michel Hazanavicius remercie dans le générique de fin Robert Guédiguian "sans qui rien n'aurait été possible". Le réalisateur marseillais avait décliné la proposition d’adapter le livre, déclarant qu'il ne saurait pas faire. Il est co-producteur du film. 

Le casting des voix de doublage est formidable :
-
le narrateur a la voix douce et familière du regretté Jean-Louis Trintignant,
- Dominique Blanc joue la pauvre bûcheronne,
- Grégory Gadebois le pauvre bûcheron,
- Denis Podalydès est l'homme à la gueule cassée.

La musique d'Alexandre Desplat, tantôt légère et gaie, tantôt sombre et inquiétante, accompagne le conte avec délicatesse. 

Le metteur en scène a fait le choix d'images fixes, comme inanimées, pour les scènes dans les camps et a recouru au noir et blanc uniquement pour ces passages sombres de l'Histoire.

J'ai pleuré lors du dernier monologue de Jean-louis Trintignant : il parle de ce qui compte vraiment dans la vie, ça m'a bouleversé. "C'est un film sur la vie" selon son réalisateur et c'est exactement ce que j'ai ressenti. Malgré les scènes difficiles qui n’occultent rien de l'horreur de la guerre, le film est porteur d'espoir, lumineux et beau, traitant des Justes. Ce conte poétique et familial qui dure 1h21 est visible dès l'âge de 10 ans. 

A noter qu'il existe une réédition du livre de Jean-Claude Grumberg (parution au Seuil en novembre 2024) comportant des dessins originaux de Michel Hazanavicius, dont certains sont exposés à la Galerie Cinéma jusqu'au 20 décembre.

18 novembre 2024

Swann Périssé dans Calme

 
Swann Périssé s'est fait connaître en postant des vidéos sur YouTube il y a 10 ans déjà. Elle a notamment fait le buzz avec la vidéo Il m'a quitté par mail dans laquelle elle documentait sur plusieurs mois sa rupture soudaine et son chagrin d'amour.

Elle a écrit en quelques jours un spectacle inédit d'1h15 sur la politique intitulé Dernier spectacle avant la fin du monde, publié le 27 juin 2024, juste avant le premier tour des élections législatives du 30 juin 2024, un vrai tour de force.
 
Elle est connue pour ses engagements écolos. Elle a créé le podcast Y'a plus de saisons, dans lequel elle a reçu notamment Jean-Marc Jancovici, Camille Etienne, Guillaume Meurice ou encore Cyril Dion.
 
Elle joue fin 2024 au théâtre Édouard VII (situé dans le quartier de la Madeleine, "un quartier que son public gaucho ne connaît pas") les mardis et mercredis à 19h son nouveau spectacle Calme, un adjectif qui ne la caractérise pas du tout !
Swann Périssé, c'est un concentré d'énergie, un dynamisme qui semble sans faille. Elle ose tout : e
lle en impose niveau look, avec ses tenues moulantes et flashy en vinyle, parcourt la scène avec une démarche assurée, tout en se moquant d'elle-même, et en portant des bottes imprimé animal.
Elle parle de sa colère et de comment elle essaie de la gérer en ne suivant pas les conseils de son psy.
Elle raconte sans filtre des histoires personnelles, parfois de façon trash, flirte avec la folie, par exemple quand elle se fait rire elle-même !
Elle est très à l'aise en impro : elle interagit et joue avec son public en rebondissant sur les réponses données par les spectateurs à ses questions.
Elle raconte des anecdotes très drôles, attention à ne pas confondre "cure de jeûne" et "cure de jeunes"... Elle aborde aussi des sujets féministes, comme le procès Pelicot et la notion de consentement, tout en réussissant à rester drôle par moment.
Elle maîtrise la pédale loop (qui enregistre des boucles de son) et improvise une chanson de fin de spectacle.

Calme c'est un pur moment drôle, unique, sincère, vivant, qui alterne passages écrits et moments d'impro, qui révèle le talent de Swann Périssé sur scène. C'est à mourir de rire par moment, je ne me remets pas de l'histoire du lavement à la fin du spectacle 🤣

12 novembre 2024

Grace - Jeff Buckley Dances by Benjamin Millepied

     

Grace est le seul album studio de Jeff Buckley enregistré de son vivant. L'artiste est décédé en 1997 à l'âge de 31 ans d'une noyade accidentelle.

Benjamin Millepied a été séduit par la voix de Jeff Buckley dès la première écoute à New York en 1994. C'est donc le 30e anniversaire de cet album culte et intemporel.

Grace - Jeff Buckley Dances est la première création mondiale du chorégraphe mêlant spectacle musical et danse.

The Grace Company aspire à porter des projets de la scène au cinéma en lien avec la musique et la danse. La troupe de 10 danseurs virevolte sur scène avec grâce, dont David Adrien Freeland qui incarne Jeff Buckley. Les 9 autres interprètes sont à la fois l'expression de ses désirs et de ses peurs, l'apparition de ses amis et de ses amours. Ces danseurs sont polymorphes, transmettent l'émotion avec leurs pas, avec une énergie communicative. Des passages alternent en groupe, en duo et en solo.

L'action se déroule entre 1994 et 1996. Dans les tableaux successifs, on ressent la fragilité de l'artiste.

Le spectacle commence avec Song to the siren, chanson de Tim Buckley, le père de Jeff Buckley.
La version de Calling you de Jeff Buckley, chanson popularisée par le film Bagdad café, est sublime et m'a fait redécouvrir le texte.

L'emblématique Hallelujah, écrit par Leonard Cohen, résonne juste avant l'entracte et embarque les spectateurs.
Le final sur Whole lotta love de Led Zeppelin 
(qu'il chantait juste avant de se noyer) est dingue !

Tous les textes utilisés dans le spectacle sont de Jeff Buckley. J'ai retenu :
"La musique, c'est 10% d'inspiration, 90% de transpiration."
"L'amour guérit de toutes les blessures, pas seulement le temps."

Un musicien joue de la guitare électrique en live sur certains morceaux.

Un caméraman est présent sur scène. Il réalise des jeux de mise en scène très cinématographiques, des gros plans diffusés sur l'écran géant ou effectue des plans chorégraphiés, en créant des effets visuels en direct avec beaucoup d'inventivité, par exemple en jouant à l'image avec le lit présent sur scène ou avec la fenêtre dans la scénographie. 

C'était la première fois que j'assistais à un spectacle à La Seine Musicale. Le lieu est très agréable, la "grande seine" est magistrale et l'acoustique très réussie.

Le spectacle, qui dure 2h45 avec un entracte, est ambitieux, original et très cinématographique.