21 mai 2017

Le Horla


Le Horla est un seul en scène, d'après l’œuvre éponyme de Guy de Maupassant.

Un homme tient un journal. Petit à petit, il constate des agissements troubles dans sa demeure, se rend compte que des objets ont bougé ou disparu... Est-il sain d'esprit ou la folie le guette-t-il ?

C'est une véritable prouesse de l'acteur Florent Aumaître qui parvient à captiver le public, grâce à une diction parfaite, l’expressivité de son regard et la justesse du ton employé. Le texte de Maupassant est parfaitement interprété, c'est une performance scénique non-stop durant 1h20. Malgré des décors minimalistes - ils se limitent à une chaise et un tréteau -, la mise en scène est efficace et le jeu de lumières permet de varier les ambiances et de traduire le basculement vers la folie.

J'ai vu la pièce au théâtre Michel, elle s'y jouera encore pour quelques dates. Après plus de 300 dates, elle sera proposée prochainement au Lucernaire.

13 mai 2017

Get out


Get out est un film de Jordan Peele. Chris, photographe, accompagne sa petite amie Rose - l'actrice Alison Williams, vue dans la série Girls - lors un weekend à la campagne chez ses parents. C'est un couple mixte, il a peur de ne pas être bien accepté par sa famille. Elle le rassure en lui disant que son père aurait voté pour Obama une troisième fois s'il avait pu ! La mère (Catherine Keener) est psychiatre et le père neurochirurgien. Le frère de Rose est également présent à la garden-party réunissant des amis de la famille Armitage. Petit à petit, l'ambiance va s'avérer de plus en plus étrange et particulière pour Chris...

Je vais rarement voir des thrillers à tendance horrifique, mais je n'ai pas été déçue par ce film. Dans le genre, c'est efficace et bien rythmé, 1h45 sans temps mort. Et surtout, la tension va crescendo : la deuxième partie du film est de plus en plus noire, sans mauvais jeu de mots ! Le dénouement est un peu gore, mais c'est qu'on attend pour libérer les tensions accumulées et se libérer.
Le scenario tient la route, il n'y a pas de superflu. Il y a juste quelques enchaînements que j'ai vus venir, mais globalement j'ai été convaincue et j'ai sursauté à plusieurs reprises. Dans la mise en scène, je retiendrai la scène d'hypnose qui est réussie et la scène de bingo assez surréaliste. Daniel Kaluuya, l'acteur principal, est très convaincant, notamment grâce à son regard très expressif.
 
C'est une bonne surprise, efficace et rythmée, un film qui permet de se divertir en faisant un cauchemar éveillé.

17 avril 2017

L'Opéra


L'Opéra est un documentaire de Jean-Stéphane Bron, sur l'Opéra Garnier et l'Opéra Bastille.

On y découvre les coulisses de cette institution, au travers d'une immersion sur plusieurs mois. On assiste par exemple aux réunions du directeur qui fait face à un préavis de guerre ou à ses décisions sur la politique tarifaire, dont il juge les prix trop élevés pour des billets en première catégorie. C'est également l'occasion de découvrir un chef d'orchestre impliqué et attachant (on aimerait en apprendre davantage sur lui), un jeune chanteur lyrique venant des montagnes de l'Oural, un remplacement au pied levé pour un rôle-titre, une classe de CM2 qui répète un concert de fin d'année ou encore le casting du taureau Easy Rider qui joue dans un opéra !

C'est un film inégal, qui recèle de bons moments mai aussi des longueurs et des scènes dénuées d'intérêt pour le spectateur. J'ai regretté que le film soit tourné il y a de nombreux mois : on assiste par exemple au passage de relais entre Benjamin Millepied et Aurélie Dupont, qui date déjà de février 2016. J'ai préféré Relève qui était centré sur la création d'un ballet par Benjamin Millepied, autour d'une troupe de 20 danseurs parmi les 150 que compte le corps de ballet, film que je trouvais plus abouti et plus riche en émotions

7 avril 2017

Jamaïca Jamaïca !


L’exposition Jamaïca Jamaïca ! de Marley aux deejays est présentée à la Philharmonie de Paris du 4 avril au 13 août 2017. Au milieu des Caraïbes, la Jamaïque est une île d'une superficie inférieure à la Corse. Ce territoire très créatif rayonne culturellement depuis des décennies. Au-delà des extraits sonores, les contenus présentés sont divers et variés : instruments de musique, peintures, cartes postales, extraits de films, affiches, pochettes de vinyles, photographies, vêtements, etc.

Le mento est la première forme de musique avant le ska. Puis le ska ralenti devient le rocksteady. Les rastafari transforment la musique jamaïcaine en une déclaration de fierté militante, mystique et résolument tournée vers l'Afrique de leurs ancêtres : le reggae naît. Le premier studio d'enregistrement ouvre à Kingston en 1950. En 1959, la première radio jamaïcaine la JBC (Jamaica Broadcasting Corporation) s'attache à diffuser des titres locaux plutôt que des morceaux de rythm and blues et de jazz américains.

Bob Marley grandit à Trenchtown, un quartier brûlant de West Kingston. Il rencontre Peter Tosh et Bunny Livingston avec qui il forme son premier groupe The Wailers. En 1964, le titre "Simmer Down" est leur premier succès en Jamaïque, avant la reconnaissance internationale, une dizaine d'années plus tard. Leur premier album sortira en 1973. En 1981, avec la mort de Bob Marley, la musique jamaïcaine perd son ambassadeur international. Dans le même temps, une nouvelle mutation s'opère dans les ghettos de l'île : le dancehall émerge. 

On apprend beaucoup d'anecdotes lors de la visite : par exemple, les couleurs du drapeau jamaïcain vert-jaune-noir signifient "malgré les difficultés, l'herbe est verte et le soleil brille."

C'est une exposition réjouissante et stimulante ! En Jamaïque, le son ne s'écoute pas, il se ressent : l'exposition Jamaïca Jamaïca fait partager une expérience d'écoute tous les vendredis lors de sets en live.

31 mars 2017

Moonlight


Moonlight de Barry Jenkins a remporté l'Oscar du meilleur film 2017. Ce film retrace le parcours et l'évolution de Chiron à trois périodes clés de sa vie.

Tout d'abord, enfant alors qu'il est surnommé "Little" par ses camarades de classe qui se moquent de lui, de son côté gringalet. Il grandit dans une banlieue désargentée de Miami, auprès de sa mère absente, accro aux drogues. Il trouve refuge et réconfort auprès de Juan, un dealer du quartier et de sa douce compagne Teresa.
On le découvre ensuite adolescent, mal dans sa peau, toujours raillé à l'école, désormais au lycée, à l'âge des premières expériences, notamment sexuelles.
Enfin, il est devenu adulte : le jeune gringalet, s'est transformé en un homme musculeux, une copie conforme de Juan, aussi bien dans le look que dans l'occupation de dealer, qui a quitté Miami pour Atlanta.

Ce qui est remarquable dans ce film, c'est la justesse des 3 acteurs qui incarnent successivement Chiron, ainsi que l’ensemble du casting.Le thème musical est magnifique et sert l'histoire, par exemple, lors de la très belle scène dans laquelle Juan apprend au jeune Chiron à nager.La réalisation est également très inventive et variée par les déplacements de caméra : elle est parfois très proche des personnages, parfois en mouvement rapide. L'explication du titre de Moonlight est donnée dans une jolie scène sur la plage.
 
Contrairement à son concurrent aux Oscars La La Land qui est très édulcoré, c'est un film marquant, les propos du film sont forts. Il traite principalement du mal-être d'un homme tout au long de sa vie. La dernière scène et les tous derniers mots prononcés sont particulièrement émouvants. Ce film est à la fois simple et universel, une véritable réussite.

19 mars 2017

Un animal de compagnie


Un animal de compagnie est la nouvelle pièce de Francis Veber, après Cher Trésor avec Gérard Jugnot.

Henri, journaliste, vit avec Christine, décoratrice, son épouse depuis 20 ans. Ils n'ont pas eu d'enfant ensemble. Elle lui demande alors de lui offrir un yorkshire, et lui, pour se venger, lui offre en retour un poisson rouge ! Cet animal de compagnie, le préféré des français d'après un récent sondage, va semer la zizanie dans leur couple...

Stéphane Freiss est très à l'avantage dans cette pièce, dans un rôle comique. Les 4 acteurs sur scène sont talentueux. C'est Gérard Jugnot qui double la voix du poisson rouge et c'est très réussi ! L'histoire est originale et les quiproquos font rire le public, avec des répliques écrites par l'auteur du Dîner de cons.

C'est une pièce originale, dans la veine des comédies de Francis Veber. J'ai toutefois préféré la pièce précédente Cher trésor que je trouvais plus réussie dans ses enchainements de situations comiques. A voir au Théâtre des Nouveautés jusqu'au 30 avril.

12 mars 2017

De plus belle

De plus belle est un film de Anne-Gaëlle Daval, avec Florence Foresti et Mathieu Kassovitz. Lucie (Florence Foresti), qui est en rémission d'un cancer du sein, rencontre le séduisant Clovis (Mathieu Kassovitz) en discothèque, alors qu'elle n'est pas d'humeur à sourire à la vie. Cela va être le déclencheur pour Lucie d'un retour à l'estime de soi, s'aimer soi-même pour pouvoir aimer les autres.

C'est un film original et touchant. J'avais beaucoup entendu dire que la performance de Florence Foresti en tant qu'actrice était très réussie. De mon côté, c'est plus le film dans sa globalité qui m'a touché, les thèmes abordés et la façon dont ils sont traités par la scénariste/réalisatrice - le rapport à la féminité, la reconstruction et le retour à la vie et à l'amour après une maladie, la place de chacun au sein de sa famille - et l'ensemble du casting :
- Clovis est un séducteur avec des hobbys déroutants,
- J'ai beaucoup aimé la présence de Nicole Garcia (Dalila) qui coache Florence Foresti pour appréhender de nouveau la séduction, ses répliques sont de vraies philosophie de vie,
- Le frère de Lucie (Michael Cohen) qui est médecin, apporte beaucoup de drôlerie au film par ses répliques,
- Olivia Bonamy incarne sa sœur, discrète, qu'on apprécie de découvrir au fur à mesure de l'histoire,
- la mère (Josée Drevon), autoritaire et sèche, qui devient touchante au final,
- il y a aussi la fille de Lucie, une adolescente qui n'hésite pas à affirmer sa singularité pendant cette période de première fois et d'expérimentation.
 
C'est une jolie comédie dramatique, tournée dans les paysages de la région lyonnaise, avec une sensibilité certaine et une note d’optimisme, qui m'a plu.

5 février 2017

La La Land


La La Land de Damien Chazelle fait l'événement : cette comédie musicale a déjà reçu de nombreux prix et fait office de grand favori des prochains Oscars avec 14 nominations, soit autant que Titanic de James Cameron !

Ce film retrace la rencontre et l'histoire d'amour au fil des saisons entre Mia, serveuse qui se rêve actrice, court de casting en casting, & Sebastian, pianiste de jazz, puriste, qui ne fait pas de compromis. 
 
La scène introductive est rythmée et colorée, c'est une prouesse de mise en scène. Il se dégage une réelle alchimie entre Emma Stone et Ryan Gosling, qui ont déjà tourné ensemble dans Gangster squad et Crazy, stupid, love. Elle est charmante au naturel et porte à merveille ses robes aux tons acidulés tandis que lui s'est entrainé durant trois mois pour ne pas être doublé au piano.

Ce film rend un hommage assumé aux comédies musicales de l'âge d'or d'Hollywood - Ryan Gosling a d'ailleurs qualifié Singin' in the rain d’inspiration pour le film - ou encore au film de Jacques Demy Les parapluies de Cherbourg. La nostalgie est de mise dans cet opus. Il s’inspire également du cinéma américain, avec les plateaux de tournage des studios américains et la présence du Griffith Observatory, lieu culte du cinéma, au travers d'une mise en abyme de Rebel without a cause avec James Dean.

Le réalisateur de Whiplash
renoue dans ce film avec le jazz et J.K. Simmons, l'acteur oscarisé pour son rôle de professeur de musique tyrannique, est présent le temps d'une scène.

La bande originale, composée par Justin Hurwitz, est selon moi la plus grande réussite du film : elle est entraînante, on chantonne les airs de City of Stars et Another day of Sun!, en sortant de la projection et dans les jours suivants.

C'est une belle comédie, c'est charmant, enthousiasmant et élégant. Cela fait du bien de voir un film positif au milieu de tous ces drames proposés en salle et en dehors. J’avais de telles attentes sur ce film depuis près d'une année que je m'attendais à encore mieux. Peut-être qu'il manque l’originalité de Whiplash, ce côté inclassable et jamais vu. J'ai néanmoins apprécié que la fin du film, pleine d'émotion, évite le classique happy end.
 

28 janvier 2017

Dalida


Dalida est un biopic de Lisa Azuelos, film adoubé par Orlando, manager et frère de Dalida.

J'avais une invitation pour découvrir ce film, je ne serais pas allée forcément le voir sinon. C'est plutôt une bonne surprise : c'est un film assez agréable à suivre, il retrace la vie de l'artiste, mais surtout de la femme amoureuse. Sveva Alviti est convaincante dans le rôle titre : elle épouse les styles successifs de Dalida, ses métamorphoses capillaires et vestimentaires. Les paroles de ses chansons racontent sa vie : par exemple, Il venait d'avoir 18 ans est sorti alors qu'elle fréquentait un jeune homme qui avait la moitié de son âge.

Le casting fait appel à des acteurs français reconnus : Jean-Paul Rouve dans le rôle de son premier mari, Lucien Morisse, mais aussi Nicolas Duvauchelle, Patrick Timsit dans le rôle de Bruno Coquatrix, et Vincent Perez en Eddie Barclay. Côté italiens, c'est Riccardo Scamarci qui campe Orlando.

Le film reconstitue les concerts à l'Olympia et au Palais des Sports, et mentionne celui au Carnegie Hall à New York. Il donne également à voir le tournage du film de Youssef Chahine Le sixième jour en 1986, dans lequel elle tenait le rôle principal. 

On suit Iolanda Gigliotti - qui a choisi Dalida comme nom de scène - durant plus de 25 ans de carrière, depuis son enfance au Caire, son premier tube Bambino, jusqu'à la fin de sa vie. Elle a laissé une lettre d''adieu "La vie m'est insupportable. Pardonnez-moi", alors qu'elle a dû faire face au suicide de plusieurs de ses compagnons ou maris.

20 janvier 2017

Nocturnal Animals


Après le coup d'essai et coup de maître A single man en 2010, avec Julianne Moore et Colin Firth, Tom Ford signe enfin son 2e film, Nocturnal Animals, avec l'actrice du moment dans le rôle principal : Amy Adams, actuellement à l'affiche de Premier contact.

A Los Angeles, Suzanne (Amy Adams), galeriste, dont
le couple avec le séduisant Hutton (Armie Hammer) bat de l'aile, reçoit un livre écrit par Edward (Jake Gyllenhaal), son premier mari. Le manuscrit, qu'il lui dédicace, est intitulé  Nocturnal Animals : c'était le surnom qu'il lui avait donné quand ils étaient mariés ensemble, à cause de ses insomnies. Elle va se plonger dedans, tout en se remémorant les souvenirs de son passé avec Edward...

J'ai adoré la mise en scène qui croise l'époque actuelle, l'histoire du manuscrit d'Edward et le passé de Suzanne : les histoires s'entremêlent et se font écho. Ce film est très esthétique (comme le précédent) : les images sont superbes. Amy Adams est une rousse flamboyante, telle une héroïne hitchcockienne à la peau pâle, la couleur rouge joue un rôle important dans la mise en scène. Les autres acteurs sont irréprochables : Michael Shannon en flic en fin de carrière et Aaron Taylor-Johnson, ex Kick-Ass, qui incarne Ray Marcus, l'un des escrocs de l'histoire du manuscrit. Ce film traite des solitudes, des conventions, de l’hypocrisie dans le monde en général et dans celui de l'art en particulier. Tom Ford se moque de la superficialité de ce milieu qu'il connt bien en tant que styliste. 
 
Nocturnal Animals a remporté le Grand prix du jury à la Mostra de Venise tandis qu'Aaron Taylor-Johnson vient de recevoir le Golden globe du Meilleur acteur dans un second rôle : c'est parfaitement justifié, il est incroyable dans ce rôle, aussi bien dans l'attitude, le look, que le vocabulaire. Ce film pourrait décrocher d'autres récompenses aux Oscars le 26 février prochain.